«Eh bien, dis-je à mes enfants, cette plante vaut-elle l'ananas?» Ils convinrent tous que j'avais raison.
«Cette autre plante que vous voyez auprès, continuai je, est un figuier d'Inde; on le nomme aussi arbre-raquette, parce que ses feuilles ressemblent, en effet, à des raquettes. Son fruit est très-estimé des sauvages.» À peine eus-je prononcé ces mots, que Jack courut pour en faire une bonne récolte; mais il revint bientôt en pleurant, les doigts traversés de mille petites épines. Je l'aidai à se dégager la main, et je lui montrai la manière de prendre ce fruit sans se blesser. Je fis tomber une figue sur mon chapeau; j'en coupai les deux bouts avec mon couteau, et, la prenant alors à ces deux endroits, je la dépouillai facilement de son enveloppe, et je la donnai à goûter à mes fils. Elle fut trouvée excellente, peut-être à cause de sa nouveauté, et chacun se mit à en cueillir. Je vis alors mon petit Jack examiner avec beaucoup d'attention une de ces figues qu'il tenait au bout de son couteau.
«Que fais-tu là, lui dis-je.
—Voyez donc, mon père, me cria-t-il, il y a sur ma figue un millier de petites bêtes rouges comme du sang.
—Ah! m'écriai-je, encore une nouvelle découverte! c'est la cochenille.»
Mes enfants me demandèrent ce que c'était que cet animal.
«C'est, leur répondis-je, un insecte qui, séché et bouilli, sert à donner une magnifique couleur rouge fort estimée dans le commerce; l'arbrisseau qui le porte s'appelle nopal ou cactus opuntia.
ERNEST. Mais comme nous n'avons rien à teindre en rouge, et que ces fruits, pour être cueillis, demandent trop de soin, je préfère l'ananas.
MOI. Fais donc attention que cet arbrisseau peut nous être utile de plus d'une manière. Il nous sera facile d'entourer notre habitation d'une haie de ces raquettes, et ces feuilles épaisses nous garantiront des animaux malfaisants.
JACK. C'est une plaisanterie, mon père; vous le voyez, cet arbre n'a pas de solidité, et un couteau aura bientôt fait une ouverture à votre haie, quelle que soit son épaisseur.»