Et pour nous donner une preuve de ce qu'il avançait, il tira son couteau de chasse et se mit à s'escrimer contre un des plus grands arbrisseaux; les raquettes cédaient avec, facilité, lorsqu'une d'elles vint tomber sur la jambe du spadassin et lui fit jeter un cri perçant.
MOI. «Eh bien! penses-tu maintenant que cette haie ne soit pas de nature à arrêter les téméraires qui s'exposeraient à la traverser?
JACK. J'en conviens, mon père; c'est une bonne leçon dont je profiterai, surtout si vos connaissances peuvent vous indiquer un moyen de faire cesser la cuisante douleur que les maudites épines me causent.»
Une feuille de caratas étendue sur la partie souffrante enleva tout à coup cette vive douleur, et cet incident n'eut d'autres suites que de nous faire rire aux dépens du jeune imprudent.
Enfin nous nous remîmes en marche, et nous arrivâmes au ruisseau du Chacal; on le passa avec précaution, et nous atteignîmes bientôt la tente, où tout était resté en ordre. Fritz courut chercher de la poudre et du plomb; moi, ma femme et Franz nous allâmes à la tonne de beurre remplir notre pot vide, et Jack et Ernest s'occupèrent à prendre des oies et des canards. Ils y réussirent avec assez de peine, car nos animaux étaient devenus un peu sauvages pendant notre absence; mais enfin ils parvinrent à attraper deux oies et deux canards. La cotte de mailles de Turc fut remplacée par une sacoche de sel, et nous reprîmes le chemin de Falken-Horst, emportant avec nous les oies et les canards enveloppés dans nos mouchoirs. Au milieu de leurs cris, des aboiements de nos dogues et de nos bruyants éclats de rire excités par cette étrange musique, nous arrivâmes sans encombre au logis. Ma femme courut traire la vache, dont le lait nous rafraîchit beaucoup. Les pommes de terre firent les frais de notre repas, et après avoir, dans notre prière, remercié le Seigneur de cette précieuse découverte, nous montâmes notre échelle et nous passâmes la nuit dans un profond et tranquille sommeil.
[CHAPITRE XIII]
[La claie.—La poudre à canon.—Visite à Zelt-Heim. Le kanguroo.—La mascarade.]
J'avais remarqué sur le rivage, entre autres choses utiles, une grande quantité de bois qui pouvait me servir à construire une claie, dont j'avais grand besoin pour transporter à Falken-Horst la tonne de beurre et les autres objets de première nécessité, trop lourds pour être portés à bras. Je formai le projet de m'y rendre le lendemain matin, en emmenant avec moi Ernest, dont la paresse se trouverait un peu secouée par cette promenade matinale, tandis que je laisserais auprès des nôtres Fritz, qui pouvait leur être utile.
Aux premières lueurs du crépuscule, je sautai à bas de mon lit, je réveillai Ernest, prévenu la veille, et nous descendîmes l'échelle sans réveiller nos gens: nous prîmes l'âne, et nous lui fîmes traîner une grosse branche d'arbre dont je pensais avoir besoin.