«Si nous faisions le pain?» s'écria Fritz.

J'y consentis; mais j'annonçai qu'au lieu de procéder sur-le-champ à confectionner le pain que nous devions manger, on se contenterait d'abord d'en faire un pour le singe et les poules.

Je retirai le sac, je le vidai et j'étendis la farine pour la faire sécher; puis, en ayant délayé une poignée dans un peu d'eau, je fis une sorte de galette que je plaçai sur une de nos plaques de fer au-dessus d'un feu ardent. Nous eûmes bientôt un joli gâteau, bien doré, et de la mine la plus friande.

«Oh! que cela est bon! disait Ernest; c'est bien dommage de n'en pouvoir manger tout de suite.

—Pourquoi pas? répondit Jack, je suis prêt, et Franz aussi, je pense.

—Mais moi, mon enfant, je ne veux pas; je crois volontiers qu'il n'y aurait aucun danger à tenter l'expérience; par prudence nous allons en laisser faire l'essai à notre singe.»

Aussitôt que le gâteau fut refroidi, j'appelai le singe et les poules, et je leur en fis la distribution. Ils l'accueillirent avec tant de joie, que je ne pus m'empêcher d'être rassuré sur le succès de mon expérience. Le singe surtout dévorait les morceaux avec un plaisir qui fit plus d'une fois envie à mes fils.

J'appris à mes enfants que les Américains appelaient ce pain de la cassave. «À présent, continuai-je, préparons-nous à faire de la cassave pour nous; pourvu toutefois que nos bêtes n'éprouvent ni coliques ni étourdissements.»

Ces mots l'ayant frappé, Fritz me demanda si tels étaient toujours les effets du poison.

«Ce sont les plus ordinaires, répondis-je; mais il y en a qui endorment, comme l'opium; qui corrodent, comme l'arsenic. Mes enfants, vous pourriez peut-être trouver ici un arbre d'un aspect séduisant; son fruit ressemble à une petite pomme jaune tachée de rouge, fuyez-le bien; c'est un des poisons les plus violents; on dit qu'il suffit même de s'endormir sous son ombre pour mourir. Il s'appelle le mancenillier.»