J'avais à cœur de développer en eux tout ce que la nature y avait mis de force et d'adresse; aussi je leur recommandai bien de s'exercer à sauter, tirer de l'arc, lutter et courir.
Ces exercices du corps étaient assez du goût de mes enfants, Ernest excepté, qui avait besoin d'admonestations pour y prendre part. Néanmoins, lorsque le jeu était nouveau, il se décidait assez facilement. Quand ils eurent épuisé leurs jeux ordinaires: «Mes enfants, leur dis-je, je vais vous montrer un jeu d'adresse mis en usage chez les Patagons, nation renommée par ses habitudes guerrières parmi les sauvages de l'Amérique du Sud, et qui en habitent la pointe méridionale.»
Je pris alors deux balles que j'attachai chacune à un bout de corde d'environ six pieds, et je présentai à mes enfants cette nouvelle arme. Les sauvages, qui n'ont à leur disposition ni cuivre, ni plomb, se servent simplement de gros cailloux.
Je leur expliquai ensuite comment les Patagons faisaient usage de cette arme en la lançant contre les animaux qu'ils voulaient attaquer, et comment les deux balles, en revenant sur elles-mêmes, entouraient fortement la partie que la corde avait touchée.
«C'est ainsi, leur dis-je, qu'il leur arrive de prendre leur proie vivante en lui lançant leur fronde dans les jambes.»
Cette description paraissait si neuve, que je lançai la fronde que je venais de faire contre un arbuste placé à peu de distance pour la leur mieux faire comprendre, et la force du coup fut telle, que je coupai la tige en deux. Le succès ne pouvait manquer d'être assuré; il me fallut aussitôt en fabriquer trois autres, et Fritz, qui adopta passionnément cet exercice, n'eut pas de cesse qu'il n'y fût devenu d'une grande force. Je me plaisais à voir ainsi mes fils s'habituer à des armes qui devaient encore exercer leur agilité, leur force et leur coup d'œil.
Je leur appris que cette fronde, en usage chez la plupart des peuplades de l'Amérique du Sud, a reçu le nom de lazo.
Le lendemain, je remarquai de notre château que la mer était très-agitée: le vent soufflait avec force de manière à effrayer de vrais marins; nous ne pouvions donc nous hasarder sur les flots.
J'annonçai à ma femme que nous resterions à terre toute la journée, et que nous étions à sa disposition. Elle nous montra que, pendant nos absences continuelles, elle avait pris assez d'ortolans à Falken-Horst, à l'aide de nos pièges, pour en remplir une demi-tonne, où elle les avait roulés dans le beurre. Nos pigeons avaient dressé leur nid et couvaient tranquillement dans les branches du figuier. En faisant ainsi la ronde autour de nos possessions, nous arrivâmes près des arbres fruitiers, et je jugeai qu'il était bien temps de m'en occuper, car ils étaient déjà à moitié desséchés.
Cette occupation remplit notre journée tout entière, et, quand vint le repas du soir, nous trouvâmes nos ustensiles de cuisine en si mauvais état, qu'on décida à l'unanimité qu'il fallait les remplacer, et se rendre pour cela en famille au bois des Calebassiers; car ni ma femme ni Franz ne voulaient rester à la maison en pareille occasion. À la pointe du jour nous étions sur pied, et, munis des provisions nécessaires, nous quittâmes Falken-Horst. L'âne seul était attelé à la claie, que nous devions charger de calebasses, et sur laquelle je comptais placer le petit Franz, si ses faibles jambes étaient trop fatiguées. Turc, cuirassé selon son habitude, ouvrait la marche; Bill errait çà et là, portant sur son dos Knips (c'était le nom donné au petit singe), et mes enfants, bien armés, la suivaient partout. Quant à moi, je marchais un peu en arrière avec ma femme, qui tenait Franz par la main.