Nous nous dirigeâmes vers les marais du Flamant. Ma femme était enthousiasmée devant l'admirable végétation qui se déployait à nos yeux.

Fritz s'était enfoncé dans les herbes avec Turc; nous l'entendîmes faire feu, et nous vîmes soudain tomber dans les herbes un oiseau énorme; mais il n'était pas mort, et nous trouvâmes mon fils aux prises, ainsi que les dogues, avec cette forte bête, qui se défendait vaillamment contre eux à coups de pieds et d'ailes. Turc avait déjà deux profondes blessures à la tête; quand je m'approchai à mon tour, je fus assez heureux pour envelopper avec mon mouchoir la tête de l'animal. Privé de la lumière, il donna des coups moins dangereux, et nous parvînmes facilement à nous rendre maîtres de lui. En l'examinant, je ne lui trouvai qu'une blessure à l'une des ailes. Je les assujettis toutes deux et lui liai une patte, puis nous le portâmes ainsi garrotté sur la claie.

«Ah! le bel oiseau!» s'écrièrent-ils tous en l'apercevant.

Ernest, qui s'était rapproché, l'examinait attentivement.

«Mon père, dit-il enfin, je pense que c'est une oie outarde.

—Tu as en partie raison, lui répondis-je; c'est bien une outarde, mais elle n'a pas les pieds membraneux comme ceux de l'oie, et elle est de l'espèce que les naturalistes appellent poule outarde, bien qu'il lui manque au pied l'ergot qui distingue les poules. La blessure ne parait pas incurable, ajoutai-je en même temps, et je m'estimerais très heureux de pouvoir l'apprivoiser et de la placer dans notre basse-cour.»

Ma femme se permit alors de me faire, sur l'inutilité de ce nouvel hôte, quelques observations qu'elle appuya de lamentations en faveur de ses petits, qui attendaient peut-être le retour de leur mère. Je la rassurai en lui apprenant que ses petits couraient tous seuls comme les poussins au sortir de l'œuf, et que l'outarde pourrait fournir un rôti au cas où nous ne pourrions la conserver.

L'outarde bien attachée sur notre claie, nous nous remîmes en route, et nous ne tardâmes pas à arriver au bois des Singes, nom que nous avions donné au bois où ces messieurs s'étaient chargés de nous fournir une abondante provision de cocos. Fritz raconta en riant à sa mère les détails de cette aventure; et ses jeunes frères, surtout le gourmand Ernest, appelaient de tous leurs vœux une nouvelle troupe de singes pour leur envoyer ces belles noix qui pendaient au-dessus de leur tête; mais rien ne paraissait, et l'on cherchait inutilement le moyen de suppléer à ces animaux, quand tout à coup une noix tomba à mes pieds, puis une seconde, puis encore une troisième. Tous aussitôt de lever la tête et de chercher la main qui détachait ainsi pour nous ces fruits; mais elle semblait invisible, et le feuillage restait immobile sans que rien parût à nos yeux.

«C'est étrange! s'écria Jack: est-ce que nous sommes dans le royaume des fées?»

À peine eut-il achevé ces mots, qu'une noix vint lui effleurer le visage. Plusieurs noix tombent encore, tandis que nous cherchons inutilement le mot de l'énigme. Mais tout à coup Fritz, qui s'était réfugié sous l'arbre même pour se mettre à l'abri des projectiles, s'écrie: «Je l'ai découvert le sorcier! à moi le sorcier! le voilà qui descend de l'arbre; voyez la vilaine bête!»