«Préparez-vous, mes enfants, à célébrer demain l'anniversaire de votre débarquement dans l'île.»

Fritz ne comprenait pas pourquoi nous allions fêter cet anniversaire; je lui fis sentir que c'était pour remercier Dieu de sa constante bienveillance, dont cette journée avait été en quelque sorte le prélude.

Ma femme ne pouvait croire qu'il y eut déjà un an que nous vécussions ainsi isolés, et tous mes enfants s'accordèrent à reconnaître que le temps leur avait paru bien court. Je lui prouvai que je ne m'étais pas trompé en lui rappelant que nous avions fait naufrage le 30 janvier, et que mon calendrier, que j'avais scrupuleusement consulté jusqu'alors, me manquait depuis quatre semaines; je conclus en décidant qu'il fallait nous en procurer un autre.

«J'y suis, s'écria Ernest: un calendrier comme celui de Robinson Crusoé, c'est-à-dire une planche à laquelle on fait tous les jours un cran.

—Justement, mon fils.»

Ma femme me demanda comment j'entendais célébrer la journée du lendemain. «En élevant nos cœurs à Dieu, lui dis-je, nous ferons tout ce qu'il nous est possible de faire dans notre solitude.» Peu de temps après, nous allâmes nous coucher; et, malgré ce que je venais de dire, j'entendis mes enfants se demander à voix basse ce que papa avait résolu de faire le lendemain. Je ne fis pas semblant de les entendre, et nous fûmes bientôt tous endormis.

Le jour commençait à peine à poindre, qu'un violent coup de canon se fit entendre du rivage. Nous sautâmes de nos lits, pleins d'étonnement et nous demandant ce que cela pouvait être. Je remarquai pourtant que ni Fritz ni Jack ne disaient rien; je crus un moment que, profondément endormis, ils n'avaient rien entendu; mais Jack s'écria bientôt: «Ah! ah! nous vous avons bien réveillés, n'est-ce pas?»

Fritz alors se leva et me dit: «Il n'était pas possible de célébrer une si grande fête sans l'annoncer par un coup de canon, n'est-ce pas, mon père? Aussi nous l'avons fait.»

Je lui reprochai doucement de nous avoir effrayés en ne nous prévenant pas, et je lui fis remarquer qu'en usant ainsi notre poudre à des futilités, il nous exposait à en manquer bientôt.

Nous nous habillâmes alors rapidement, et nous allâmes prendre le déjeuner habituel. Toute la matinée se passa en prières, en conversations pieuses, et le temps s'écoula rapidement jusqu'au moment du dîner: alors j'annonçai à mes fils que le reste de la journée serait consacré à des amusements de toute espèce.