MOI. Et d'où t'est venue cette térébenthine, qui m'est bien plus précieuse que ton anisette?
JACK. De ces arbres que nous avons remarqués dans notre premier voyage, au pied desquels j'avais eu soin de placer des calebasses.
MOI. C'est bien, mon fils; je me réjouis maintenant de vous avoir envoyés. Mais toi, Fritz, tu m'as parlé d'une racine de singe. Qu'est-ce? Est-elle bonne à manger? n'est-elle point dangereuse?
FRITZ. Moi, je ne le crois pas. Et si nous avions eu avec nous ton singe, mon cher Ernest, il est probable que nous eussions fait la découverte de quelque racine précieuse; car nous devons celle-ci aux collègues de Knips.
MOI. Un peu plus de clarté dans ton récit, mon enfant; tes paroles sont comme celles des anciens oracles, enveloppées d'obscurité.
FRITZ. Nous attendions les bras croisés que nos calebasses fussent remplies, quand Jack tira son coup de fusil sur la marmotte, qui se trouvait entre lui et moi.»
J'interrompis vivement Fritz: «Mes enfants, m'écriai-je, je vous recommande expressément deux choses: d'abord de ne jamais tirer quand un de vous se trouvera près ou loin de la ligne du tir; ensuite de vous abstenir toujours de vous mettre dans celle d'un de vos frères, avec la pensée que le coup ne portera pas si loin.
FRITZ. Avant de quitter la contrée nous aperçûmes de petites figues, dont voici quelques-unes, et dont se nourrissait une espèce de pigeon que je ne connais pas. Nous nous dirigeâmes vers Waldeck en suivant un petit ruisseau que nous vîmes bientôt se perdre dans un plus considérable, et nous atteignîmes ainsi un petit lac situé derrière notre métairie. Nous étions près d'y arriver, quand nous aperçûmes dans une clairière de la forêt une troupe de singes qui paraissaient fort affairés. Nous approchâmes avec précaution, après être descendus de nos montures et avoir attaché nos chiens, et nous ne fûmes pas peu étonnés, en arrivant auprès d'eux, de les voir occupés à déterrer des racines.
ERNEST. Ah! ah! déterrer des racines! sans doute avec une pioche et une houe?
FRITZ. Oui, certainement, les uns avec leurs vilaines pattes, les autres avec des pierres pointues. Nous hésitâmes un moment, et Jack me pressait fort de leur tirer quelques bons coups de fusil; mais je me rappelai que vous me blâmiez de vouloir tuer des bêtes qui ne me faisaient aucun mal, et je l'empêchai cette fois de tirer. Seulement, désireux de connaître la racine qu'ils croquaient avec tant de plaisir, nous allâmes détacher Turc, et nous le lâchâmes sur les maraudeurs. Laissant là leurs racines, ils s'enfuirent subitement, sauf deux, qui furent éventrés. Mais nous n'en fûmes pas plus avancés; car nous ne pûmes reconnaître de quelle espèce était cette racine. Cependant nous essayâmes d'en goûter; elle nous parut d'un fort bon goût, légèrement aromatique. Mais tenez, voyez vous-même, mon père, vous la reconnaîtrez peut-être; nous l'avons nommée racine des singes jusqu'à nouvel ordre; tout le feuillage en est enlevé.