[CHAPITRE XXXI]
[Gluau.—Grande chasse aux singes.—Les pigeons des Moluques.]
Le lendemain, après avoir déjeuné, mes enfants me prièrent de leur confectionner des gluaux. Il fallait commencer par se procurer de la glu: je pris à cet effet une certaine quantité de caoutchouc mêlée à l'huile de térébenthine, et je plaçai le tout sur le feu. Tandis que la fusion s'opérait, je fis cueillir par mes enfants un grand nombre de petites baguettes; puis, quand je jugeai ma glu préparée, je plongeai les petits bâtons dans le vase.
Je remarquai que les oiseaux étaient en plus grand nombre que l'année précédente, et un aveugle tirant au hasard dans l'arbre n'aurait pas manqué d'en abattre. Aux ordures dont étaient salis les troncs des arbres, je reconnus que c'était là leur retraite habituelle; et cette réflexion me suggéra l'idée d'employer pour les détruire une chasse aux flambeaux, comme font les colons de la Virginie pour prendre les pigeons.
Soudain j'entendis mes enfants s'écrier: «Papa! papa! comment faire? Les baguettes se collent à nos mains, et nous ne pouvons pas nous en dépêtrer.
—Tant mieux, dis-je: c'est un signe que ma glu est bonne. Au reste, ne vous désolez pas, un peu de cendre fera bientôt tout disparaître; et, pour ne pas vous engluer davantage, au lieu de tremper les baguettes une à une, vous n'avez qu'à les prendre par paquets de douze à quinze.» Ils suivirent mon conseil et s'en trouvèrent bien.
Quand je jugeai qu'il y avait assez de gluaux préparés, j'envoyai Jack les placer dans le figuier en les cachant sous le feuillage, de manière qu'ils parussent être des branches de l'arbre. À peine l'enfant en avait-il placé une demi-douzaine et était-il descendu pour en chercher d'autres, que nous vîmes tomber à nos pieds les malheureux ortolans englués des pattes et des ailes, et encore attachés à la perfide baguette. Ces gluaux pouvaient servir deux ou trois fois; mais bientôt ma femme, Franz et Ernest ne purent suffire à ramasser les oiseaux, ni Fritz et Jack à remplacer les gluaux qui tombaient. Je les laissai se livrer à ce divertissement, et, songeant alors à ma chasse aux flambeaux, je m'occupai des préparatifs, dans lesquels la térébenthine devait jouer un rôle important.
Jack vint à moi avec un oiseau plus gros que les ortolans, qui s'était pris comme eux au gluau.
«Qu'il est joli! disait-il: est-ce qu'il faut le tuer aussi? On dirait qu'il me regarde comme une connaissance.