—Je le crois bien, s'écria Ernest, qui s'était approché, et dont le coup d'œil observateur avait tout de suite reconnu un pigeon d'Europe, c'est un des petits de nos pigeons qui ont logé l'an dernier dans le figuier. Il ne faut pas le tuer, puisque nous voulons naturaliser l'espèce.»
Je pris l'oiseau des mains de Jack, je frottai de cendre les endroits de ses ailes et de ses pattes que la glu avait touchés, et je le plaçai sous une cage à poule, songeant déjà en moi-même aux moyens de tirer parti de cette découverte. Plusieurs autres pigeons se prirent encore, et avant la nuit nous eûmes réuni deux belles paires de nos européens. Fritz me demanda de leur construire une habitation dans le rocher, afin d'avoir sous la main une nourriture qui ne nous coûterait aucune dépense de poudre: cette idée me souriait; aussi je lui promis de le faire promptement.
Cependant Jack était épuisé de fatigue, et, tout heureuse qu'avait été la chasse, ma femme n'avait rempli que cinq ou six sacs d'oiseaux avant de souper. Après quelques instants de repos, je commençai mes préparatifs. Ils étaient simples: c'étaient trois ou quatre longues cannes de bambou, deux sacs, des flambeaux de résine et des cannes à sucre. Mes enfants me regardaient faire avec beaucoup d'étonnement, et cherchaient à deviner comment ces singuliers instruments pourraient leur procurer des oiseaux.
Cependant la nuit arriva brusquement, extrêmement obscure, comme les nuits des pays du Sud. Parvenus au pied des arbres que nous avions remarqués dans la matinée, je fis allumer nos flambeaux et faire un grand bruit; puis j'armai chacun de mes fils d'un bambou. À peine la lumière se fut-elle faite, que nous vîmes voltiger autour de nous une nuée d'ortolans.
Les pauvres bêtes, étourdies de nos clameurs, éblouies par nos lumières, venaient se brûler les ailes et tombaient à terre, où on les ramassait, et puis on les entassait dans des sacs. Alors je me mis à frapper de toute ma force à droite et à gauche sur les ortolans. Mes fils m'imitèrent, et nous eûmes bientôt rempli deux grands sacs. Nous nous servîmes de nos flambeaux, qui duraient encore, pour gagner Falken-Horst; et comme les sacs étaient trop pesants pour être portés par aucun de nous, nous les plaçâmes en croix sur des bâtons. Nous nous mîmes en marche deux à deux, ce qui donnait à notre cortège un caractère étrange et mystérieux.
Nous arrivâmes à Falken-Horst; là nous achevâmes quelques-uns de nos oiseaux que les coups de bâton n'avaient fait qu'étourdir, et nous allâmes nous coucher.
Le lendemain nous ne pûmes faire autre chose que de préparer cette provision. Ma femme les plumait, les nettoyait; les enfants les faisaient griller; je les déposais dans des tonnes. Nous obtînmes de cette manière des tonnes d'ortolans à demi rôtis et dûment enveloppés de beurre.
J'avais fixé irrévocablement au jour suivant notre expédition contre les singes. Nous nous levâmes de bonne heure; ma femme nous donna des provisions pour deux jours, et nous partîmes, la laissant, ainsi que Franz, sous la garde de Turc. Fritz et moi, nous étions montés sur l'âne; Jack et Ernest étaient aussi de compagnie sur le dos du buffle, que nous avions chargé en outre de nos provisions; et nos autres chiens nous accompagnaient.
La conversation tomba naturellement sur l'expédition que nous méditions: je dis à mes enfants que je voulais en finir avec cette malfaisante engeance des singes. «Voilà pourquoi, ajoutai-je, j'ai voulu que Franz ne fût pas témoin de ce spectacle pénible.
—Mais, dit Fritz, ces pauvres singes me font pitié au fond.»