[2] Elle avait trente ans moins que lui.
[3] Les deux premiers volumes parurent en 1784, les deux autres en 1786.
[4] L'empereur Joseph demandait un jour au baron de Grothaüs intrépide voyageur hanovrien, quel pays il voulait encore visiter. Le baron lui en nomma un grand nombre.—Et ensuite? dit l'empereur.—Alors, répliqua le baron, je reviendrai dans le Hanovre planter mes choux.—Ah! s'écria Joseph avec autant de douceur que de raison, allez-vous-en donc de suite planter vos choux dans le Hanovre.
[5] Les savants et les philosophes parisiens firent plus pour Hume qu'ils n'eussent fait pour un roi. «Lorsqu'il arriva à Paris, dit Sture, tous les écrivains étaient impatients de le voir, parce que, disait-on, c'était un homme d'un esprit infini. A peine avait-il posé un pied sur le continent, que les premières coteries intriguaient pour l'attirer à elles. Une élégante princesse parvint à s'emparer de l'homme merveilleux pour le conduire dans le monde. On répandit de tous côtés des invitations à un souper délicieux où se trouverait monsieur Ume. Il parut enfin, cet Anglais sec et lourd qui ne prononçait pas un mot quand rien ne l'intéressait. Rien ne fut négligé de ce qui pouvait l'électriser. On ne parlait que de ses charmants ouvrages, que personne ne pouvait lire, et du profond génie de messieurs les Anglais. Mais tout fut inutile: l'ingrat resta froid et silencieux. Ceux qui s'étaient assemblés autour de lui haussèrent les épaules et se regardèrent l'un l'autre avec pitié. Le lendemain on se disait à l'oreille: Ce monsieur Ume n'est qu'une bête; un plaisant repartit: C'est qu'il a fourré tout son esprit dans ses livres.»
[6] Un célèbre professeur allemand disait souvent: Vita extra academias non est vita. Il est incontestable que beaucoup de professeurs ont des singularités qu'on ne retrouve dans aucune classe de la société. Un prince d'Allemagne fit présent d'une tabatière d'or à un professeur que l'on considérait comme un homme très-distingué, et lui écrivit en même temps une lettre flatteuse. Le professeur se fit peindre tenant la lettre d'une main, la tabatière de l'autre, et envoya ce portrait au prince.
[7] Un professeur, dégagé des préjugés ordinaires de sa profession M. Hissmann, de Gœttingue, a dit, dans son Essai sur la vie de Leibnitz: «Les quatre murs d'un cabinet d'étude ne sont point les limites du monde, et les livres ne renferment point tout ce que les grands hommes ont pensé. Il y a une foule de remarques, de notions précieuses, qui n'ont point été livrées à l'impression. Si l'on commence son éducation dans la retraite par la lecture et la réflexion, il faut la continuer et l'achever par les relations sociales, où l'on apprend à connaître les hommes, leurs sentiments, leurs erreurs, leur sagesse et leur folie.»
[8] Les fanatiques n'expliquent point les saintes Écritures comme tout le monde, et parmi les nouvelles sectes qui peuplent la Suisse, les anabaptistes se distinguent par leur système d'interprétation. Il est dit dans l'Évangile: «Si nous ne devenons pas semblables à des enfants, nous n'entrerons point dans le royaume des cieux.» Aussitôt les bonnes gens se dépouillent de leurs vêtements, montent sur des chevaux de bois et courent de côté et d'autre; leurs femmes et leurs servantes, toutes nues aussi, courent de la même sorte. Puis tous ces nouveaux chrétiens reviennent dans une parfaite innocence se jeter pêle-mêle sur des bancs et sur des lits afin de ressembler en tous points aux petits enfants.
[9] Puissent tous les hommes s'inculquer dans l'esprit cette maxime que le professeur Hissmann de Gœttingue écrivait sur son lit de mort: «Dieu n'engage aucun de ses enfants sur une voie qui tôt ou tard ne le conduise au bonheur, et il n'arrache à un être sensible aucun soupir qui ne finisse par se transformer en un cri de reconnaissance!»
[10] J'éprouvais alors ce qu'un des bienfaiteurs de l'humanité, Fest a si bien dit, dans son livre Sur les avantages des souffrances et des contrariétés de la vie, livre excellent qui devrait être entre les mains de tout malade et de tout affligé. «J'ai moi-même éprouvé, dit cet écrivain, qu'un seul témoignage d'intérêt, une seule pensée sortie du cœur de celui qui a souffert sa part des douleurs humaines, et qui a lui-même reconnu le pouvoir des consolations qu'il nous offre, sont plus efficaces qu'un discours étudié, des larmes de commande et des phrases de considération dictées par la bienséance.
[11] Mon digne ami, Islen, a exprimé cette pensée en termes touchants. «Il me paraît incontestable, dit-il, que si l'on savait bien l'histoire de ceux qui se sont distingués par leur dignité de caractère et leurs vertus, on en trouverait neuf sur dix qui devraient ces qualités à leur mère. On ne reconnaît point assez, en général, combien il importe à l'homme d'avoir une conduite pure et exempte de blâme dans sa jeunesse. On n'est pas assez persuadé que la plupart de ceux qui ont eu cet inestimable avantage en sont redevables à leur mère, et que le bonheur et la perfection du genre humain tiennent, en grande partie, à l'intelligence et à la vertu des femmes.»