Que ta raison veille toujours et tu pourras te confier à tes sens, ils ne te feront rien voir de faux. Observe tout d'un regard satisfait et marche d'un pas ferme et sûr à travers les monts et les vallons de ce monde si richement doté.

Jouis avec modération et avec sagesse de tant de biens, de tant de richesses. Quand la vie se réjouit de la vie, le passé s'arrête, l'avenir s'anime d'avance et le présent est éternel!

Et quand tu auras réussi à te pénétrer de la conviction que l'utile seul est vrai; quand tu auras étudié le mouvement de la foule qui tourne toujours dans le même cercle, alors tu la laisseras se mouvoir à sa manière et tu viendras te réunir au plus petit nombre.

Et, semblable au poète, au philosophe qui depuis l'antiquité la plus reculée, se sont créé en silence une oeuvre chérie s'harmonisant avec leurs penchants et leurs désirs, tu arriveras par degrés à ce résultat si heureux et si beau! Précéder les belles âmes sur la route de leurs plus nobles sensations, n'est-ce pas là une destinée digne d'envie?

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Tout ce qui est raisonnable a déjà été pensé, mais il faut essayer de le penser de nouveau.

Comment peut-on apprendre à se connaître soi-même? Ce n'est pas par le raisonnement, c'est par l'action. Essaie de faire ton devoir, et tu verras tout de suite ce que tu vaux.

Qu'est-ce que ton devoir? L'exigence de chaque jour.

La partie pensante de l'espèce humaine doit être regardée comme une grande et immortelle individualité qui, en faisant sans cesse l'indispensable et le nécessaire, finit par se rendre maître de l'éventuel.

Plus j'avance dans la vie, plus je me dépite, quand je vois l'homme placé assez haut sur l'échelle de la création pour commander à la nature et s'affranchir de ses impérieuses nécessités, manquer à cette vocation en se laissant entraîner par de fausses idées à faire précisément le contraire de ce qu'il veut; quand je le vois, surtout, gâter volontairement l'ensemble, et se réduire ainsi à se débattre péniblement au milieu d'une foule de détails gênants et mesquins.