Un homme spirituel a dit «que la mysticité moderne était la dialectique du coeur, et qu'elle mettait en question des choses dont l'homme ne peut se faire aucune idée en suivant les routes intellectuelles et religieuses ordinaires.» Que celui qui se sent le courage de se livrer à une pareille étude, sans se donner des vertiges, s'enfonce, à ses risques et périls, dans cette caverne de Trophonios.
Les Allemands devraient s'abstenir, pendant trente ans, au moins, de prononcer les mots sentiments affectueux; alors, peut-être, ils renaîtraient. Maintenant on se borne à dire: indulgence pour les faiblesses! pour celles d'autrui comme pour les nôtres.
Les préjugés de chaque individu dépendent de son caractère, et sont étroitement liés à tout son être, c'est ce qui les rend invulnérables; l'évidence, l'esprit et la raison n'y peuvent rien.
Il est des caractères qui érigent la faiblesse en loi. Certains observateurs profonds du monde ont dit: «La sagesse qui se cache derrière la peur est seule invulnérable.» Les hommes faibles ont souvent des principes révolutionnaires; persuadés qu'ils seraient heureux si on ne les gouvernait pas, ils oublient qu'ils ne savent gouverner ni eux-mêmes, ni les autres.
Les artistes allemands modernes se trouvent en ce cas; car ils déclarent nuisibles les branches de l'art qu'ils ne possèdent pas, et conseillent de les abattre.
Le bon sens est né avec l'homme bien organisé; il se développe de lui-même et se manifeste par la connaissance du nécessaire et de l'utile. Cette connaissance est employée avec assurance et succès par les hommes et par les femmes; et quand le bon sens leur manque, les uns et les autres regardent comme nécessaire ce qu'ils désirent, et comme utile ce qui leur plaît.
Dès que les hommes parviennent à se rendre libres, ils mettent leurs défauts en évidence; celui des forts est de tout exagérer; celui des faibles est de tout négliger.
La lutte de l'ancien, du stable, du constant avec ses développements et ses transformations, est toujours la même. L'ordre engendre le pédantisme; pour se débarrasser de l'un on détruit l'autre, et l'on marche au hasard jusqu'à ce qu'on éprouve de nouveau le besoin de l'ordre. Le classique et le romantique, la maîtrise et la liberté du travail, la centralisation et le morcellement de la propriété foncière, ne sont qu'un seul et même conflit qui en produit plusieurs autres. La plus haute sagesse des gouvernants serait de modifier ce combat de manière à ce que les parties pussent se mettre en équilibre sans qu'aucune d'elles pérît. Mais il n'est pas donné à l'homme d'obtenir ce résultat, et Dieu ne paraît pas le vouloir.
Quelle est la meilleure méthode d'éducation? Celle des hydriotes. En leur qualité d'insulaires et de navigateurs, ils emmènent leurs enfants mâles avec eux sur leurs navires où ils les laissent grandir. Dès qu'ils peuvent se rendre utiles, ils ont leur part des bénéfices; aussi s'intéressent-ils de bonne heure au commerce, au butin, et deviennent des navigateurs savants, des négociants habiles, des pirates intrépides. D'un pareil peuple doit nécessairement sortir, parfois, un de ces héros qui lance de sa propre main la torche de l'incendie sur le vaisseau de l'amiral ennemi.
Toute innovation, lors même qu'elle serait excellente, nous gêne d'abord, parce que nous ne sommes pas à sa hauteur; elle ne devient utile et précieuse que lorsque nous l'avons introduite dans notre civilisation, et mis nos facultés intellectuelles à son niveau.