Tout être pensant qui consulte son calendrier ou sa montre, se souvient avec reconnaissance qu'il doit ces guides bienfaisants aux mathématiciens. Mais si nous les laissons respectueusement régler le temps, ils n'en doivent pas moins reconnaître que nous voyons quelque chose de plus élevé qui appartient à tout le monde, et sans quoi ils ne pourraient rien voir eux-mêmes: ce quelque chose c'est l'idée et l'amour.

Rien n'est plus nuisible à une vérité nouvelle qu'une ancienne erreur.

Un joyeux naturaliste disait un jour: Ou ne s'aperçoit de l'existence de l'électricité que lorsqu'on caresse un chat dans les ténèbres, ou lorsque le tonnerre gronde et que les éclairs brillent autour de nous. Mais alors même que vaut le peu ou le beaucoup que nous en savons?

«La passion des voyageurs à gravir les montagnes, a pour moi quelque chose de barbare et d'impie. Les montagnes sont une preuve de la force de la nature et non de la bonté de la Providence, car de quelle utilité sont-elles pour l'homme? S'il veut y demeurer, il est englouti en hiver par une avalanche, en été par un rocher qui glisse dans la vallée; un torrent entraîne ses troupeaux, un coup de vent enlève ses moissons. S'il se met en route, chaque montée est pour lui la torture de Sisyphe, et chaque descente, la chute de Vulcain. Ses sentiers sont encombrés de pierres, et le torrent refuse de porter sa nacelle. Si les éléments épargnent ses troupeaux nains qu'il nourrit péniblement, les bêtes féroces les dévorent; il végète seul et tristement comme la mousse sur une pierre sépulcrale! Enfin tous ces zigzags perpétuels, ces hautes murailles de montagnes, ces rochers pyramidaux qui répandent sur les plus belles contrées les terreurs des pôles, quel être bienveillant, quel ami des hommes pourrait les voir avec plaisir?»

On peut répondre à ce paradoxe d'un digne homme, que s'il avait plu à Dieu de continuer les montagnes de la Nubie jusqu'à l'Océan et de les entrecouper de vallées, plus d'un patriarche Abraham y aurait trouvé un Chanaan où ses descendants auraient pu se multiplier à leur aise.

Les pierres sont des instituteurs muets, l'observateur reste muet devant elles, et leurs muets enseignements ne peuvent se redire.

Ce que je sais le mieux, je ne le sais que pour moi. Les paroles par lesquelles on essaie de rendre ce que l'on sait n'excitent presque jamais que de la contradiction, de l'hésitation et du silence.

La cristallographie considérée comme science, mène à des vues singulières. Toujours improductive, elle n'est que par elle-même et n'a point de conséquences, surtout depuis qu'on a découvert plusieurs corps isomorphes, et très-différents entre eux cependant par leurs substances. C'est précisément parce que la cristallographie n'est applicable nulle part, qu'elle se complète par elle-même. Si elle ne procure à l'esprit qu'une satisfaction limitée, elle a, dans ses détails, une variété inépuisable, voilà pourquoi, sans doute, elle captive parfois, et pour très-longtemps, des hommes d'un grand mérite.

On pourrait dire qu'elle a quelque chose de l'orgueil et de la suffisance des moines et des célibataires, puisqu'elle se suffit à elle-même. Son influence pratique sur la vie est nulle; les plus beaux produits de son domaine, les pierres précieuses cristallines, ont besoin d'être polies avant que nous puissions en parer nos femmes.

Il n'en est pas de même de la chimie; son influence sur la vie est universelle et illimitée.