Pour exécuter mon dessein, je le faisais entrer lorsque j'étais encore au lit ou lorsque j'en sortais, lui laissant voir, comme par mégarde, tantôt ma gorge nue, tantôt la tournure de la jambe, quelquefois un peu de ma jambe, en mettant mes jarretières. En un mot, je l'apprivoisais petit à petit par des familiarités.
«Eh bien, mon garçon, lui demandai-je, as-tu une maîtresse?... est-elle plus jolie que moi?... Sentirais-tu de l'amour pour une femme qui me ressemblerait?».
Et ainsi du reste. Le pauvre enfant répondait d'un ton niais et honnête, selon mes désirs.
Quand je crus l'avoir assez bien préparé, un jour qu'il venait, à son ordinaire, je lui dis de fermer la porte en dedans. J'étais alors couchée sur le théâtre des plaisirs de M. H... et de ma servante, dans un déshabillé fait pour inspirer des tentations à un anachorète, pas de corset, pas de cerceaux. J'appelai le jeune gars, et le tirant près de moi par sa manche, je le contemplai. Il était d'une santé brillante, sa chevelure, d'un noir brillant, se jouait sur ses tempes en boucles naturelles et se resserrait par derrière dans un nœud élégant; sa culotte de peau de bouc, parfaitement collante, laissait voir le galbe d'une cuisse dodue et bien tournée, des bas blancs, une livrée garnie de dentelles, des nœuds d'épaule, tout cela complétait le coquet personnage... Je lui donnai, pour le rassurer, deux ou trois petits coups sous le menton et lui demandai s'il avait peur des dames. En même temps je me saisis d'une de ses mains, que je serrai contre mes seins, qui tressaillaient et s'élevaient comme s'ils eussent recherché ses attouchements. Ils étaient maintenant bien remplis et ferme en chair. Bientôt, tous les feux de la nature étincelèrent dans ses yeux; ses joues s'enluminèrent du plus beau vermillon. La joie, le ravissement et la pudeur le rendirent muet; mais la vivacité de ses regards, son émotion parlèrent assez pour m'apprendre que je n'avais pas perdu mon étalage; mes lèvres, que je lui présentai de façon qu'il ne pût éviter de les baiser, le fascinèrent, l'enflammèrent et l'enhardirent. Alors, portant mes yeux sur la partie essentielle de son costume, j'y remarquai très distinctement de la turgescence et de l'émoi; et comme j'étais trop avancée pour m'arrêter en si beau chemin, comme d'ailleurs il m'était impossible de me contenir davantage ou d'attendre qu'il eût surmonté sa modestie de jeune fille (c'était réellement le mot), je fis semblant de jouer avec ses boutons, que la force active de l'intérieur était sur le point de faire sauter. Ceux de la ceinture et du pont lâchèrent facilement prise et le voici à l'air... non pas une babiole d'enfant, ni le membre commun d'un homme, mais un engin d'une si énorme taille qu'on l'aurait pris pour celui d'un jeune géant. Ce prodigieux meuble me fit frissonner à la fois de frayeur et de plaisir. Ce qu'il y avait de surprenant, c'est que le propriétaire d'un si noble joyau ne savait pas la manière de s'en servir, tellement que c'était mon affaire de le guider au cas que j'eusse assez de courage pour en risquer l'épreuve; mais il n'y avait plus à reculer.
Le jeune gars, transporté, hors de lui-même, s'aventura, par instinct naturel, à me caresser, et lisant dans mes yeux le pardon de son audace, il gagna au hasard le centre inconnu de ses désirs. Je ne l'eus pas plus tôt senti que ma crainte s'évanouit et je lui laissai le champ libre. Alors la châsse fut découverte. Il se mit sur moi; je me plaçai le plus avantageusement qu'il me fut possible pour le recevoir, mais borgne, son cyclope se dirigeait seul, frappant toujours à faux. Je le conduisis dextrement et lui donnai la première leçon de plaisir. Cependant, quoiqu'un tel monstre ne fût pas fait pour un logis aussi modeste, je parvins à en loger la tête, et mon écolier, en s'efforçant à propos, en fit entrer quelques pouces de plus; je sentis aussitôt un mélange de plaisir et de douleur indéfinissable. Je tremblais à la fois qu'il ne me tuât en allant plus avant ou en se retirant, ne pouvant le souffrir ni dedans ni dehors. Quoi qu'il en soit, il poursuivit avec tant de raideur et de rapidité que je poussai un cri. Ce fut assez pour arrêter ce timide et respectueux enfant. Il se retira, également pénétré du regret de m'avoir fait mal et d'être contraint de déloger d'une place dont la douce chaleur lui avait donné l'avant-goût d'un plaisir qu'il mourait d'envie de satisfaire.
Je n'étais pourtant pas trop contente qu'il m'eût tant ménagée et que mon indiscrétion l'eût fait quitter prise. Je le caressai pour l'encourager à la charge et me mis en posture de le recevoir encore à tout événement. Il l'insinua de nouveau, ayant l'intention de modérer ses coups. Petit à petit, l'entrée s'élargit, se prêta et le reçut à moitié. Mais tandis qu'il tâchait de passer outre, la crise le surprit, et, malheureusement pour moi, la douleur aiguë que je souffrais m'empêcha de l'attendre.
Je craignis, avec raison, qu'il ne se retirât. Grâce à ma bonne fortune, cela n'arriva point. L'aimable jeune homme, plein de santé et regorgeant de suc, fit une courte pause, après quoi il se mit à piquer derechef. Alors, favorisé par mes mouvements adroits, il gagna peu à peu le terrain et nos deux corps n'en firent qu'un. Les délicieuses, les ravissantes agitations qu'il me causa intérieurement me devinrent insupportables. Je m'aperçus, à sa respiration embarrassée, à ses yeux à demi clos, qu'il approchait du suprême instant. Je me dépêchai d'y arriver avec lui. Nous nous rencontrâmes enfin, et, plongés tous deux dans un abîme de joie, nous demeurâmes quelques instants anéantis, sans aucun sentiment, excepté dans ces parties favorites de la nature où nos âmes, notre vie et toutes nos sensations étaient alors entièrement concentrées.
La crise étant à peu près passée, le jeune homme retira ce délicieux instrument de sa vengeance à laquelle je ne songeais plus d'ailleurs, l'idée en ayant été noyée dans le plaisir. Il avait fait autant de ravages que s'il avait triomphé d'une seconde virginité.
C'était une scène bien douce pour moi de voir avec quels transports il me remerciait de l'avoir initié à de si agréables mystères. Il n'avait jamais eu la moindre idée de la marque distinctive de notre sexe. Je devinai bientôt, par l'inquiétude de ses mains qui s'égaraient, qu'il brûlait de connaître comment j'étais faite. Je lui permis tout ce qu'il voulut, ne pouvant rien refuser à ses désirs. Il me leva les jupes et la chemise. Je me plaçai moi-même dans l'attitude la plus favorable pour exposer à ses regards le centre des voluptés et le coup d'œil luxuriant du voisinage. Extasié à la vue d'un spectacle si nouveau pour lui, il n'abusa cependant pas longtemps de ma complaisance. Son phénix étant ressuscité se percha au centre de la forêt enchantée qui décore de ses ombrages la région des béatitudes. Je sentis derechef une émotion si vive qu'il n'y avait que la pluie salutaire dont la nature bienfaisante arrose ces climats favorisés qui pût me sauver de l'embrasement.
J'étais tellement abattue, fatiguée, énervée, après une semblable séance, que je n'avais pas la force de remuer.