Lorsqu'il eut suffisamment préparé les voies à la jouissance en me baisant, en me provoquant, mon jeune sportsman, maniant mes seins à présent ronds et potelés, s'enhardit à me mettre dans la main sa vigueur elle-même; sa tension, sa roideur étaient étonnantes; c'était un inestimable coffret de joyaux chéris des femmes, un merveilleux étalage de riches et belles choses, en vérité! Mais le drôle, que je maniai, augmentait de superbe et d'insolence et se mutinait.

Je me hâtai donc, pour être de moitié dans le bonheur de mon jeune homme, de placer sous moi un coussin qui servit à élever mes reins, et dans la position la plus avantageuse, j'offris à Will le séjour des béatitudes où il s'insinua. Notre ardeur croissant, je lui passai alors mes deux jambes autour des reins et le serrai de mes bras de façon que nos deux corps confondus ne semblaient respirer que l'un par l'autre et qu'il ne pût se bouger sans m'entraîner avec lui. Dans cette luxurieuse position, Will eut bientôt atteint le moment suprême; je me ranimai donc pour parvenir au même but et me servis de tous les expédients que la nature put me fournir pour qu'il m'aidât à combler mes désirs. Je m'avisai enfin de caresser et presser les tendres globules de ce réservoir du nectar radical. Ce magique attouchement eut son effet instantané: je sentis aussitôt les symptômes de cette douce agonie, de cette crise de dissolution où le plaisir meurt par le plaisir, et je me noyai dans des flots de délices. Nous passâmes quelques moments dans une langueur voluptueuse et comme anéantis par le plaisir. A la fin je me débarrassai de ce cher enfant et lui dis que l'heure de sa retraite était venue; il reprit en conséquence ses habits, non sans me donner de temps en temps les baisers les plus tendres et sans me parcourir encore des yeux et des mains avec une ardeur aussi vive que s'il ne m'avait vue que pour la première fois. Avant de le congédier, je le forçai (car il avait assez de tact pour refuser) à prendre de quoi s'acheter une montre en argent, ce grand article de luxe pour le petit monde; il l'accepta enfin, comme un souvenir qu'il aurait soin de garder de mon affection. Ensuite il partit, quoique à regret, et me laissa en proie à cette tranquillité qui suit les plaisirs sacrés de la nature.

Et ici, madame, je devrais m'excuser de ce menu détail de choses qui firent sur ma mémoire une si forte impression; mais, outre que cette intrigue occasionna dans ma vie une révolution que la vérité historique m'interdit de vous cacher, ne suis-je pas en droit de prétendre qu'il serait injuste d'oublier un tel plaisir, par la raison que je l'ai trouvé dans un être de condition inférieure? C'est pourtant là, soit dit en passant, qu'on le rencontre plus pur, moins sophistiqué, qu'au milieu de ces faux et ridicules raffinements dont les grands laissent nourrir et tromper leur orgueil. Les grands! Y a-t-il, dans ce qu'ils appellent le vulgaire, beaucoup de gens plus ignorants de l'art de vivre qu'ils en sont eux-mêmes? La plupart, au contraire, laissent de côté ce qui ne tient pas à la nature même du plaisir et leur objet capital est de jouir de la beauté partout où ils trouvent ce don inestimable, sans distinction de naissance ou de position.

L'amour n'avait jamais eu de part dans mon commerce avec cet aimable garçon et la vengeance avait cessé d'en avoir une. Le seul attrait de la jouissance était maintenant le lien qui m'attachait à lui: car, bien que la nature l'eût si favorablement doté d'avantages extérieurs, il lui manquait néanmoins quelque chose pour m'inspirer de l'amour. Will avait assurément d'excellentes qualités: gentil, traitable et par-dessus tout reconnaissant; silencieux, même à l'excès, parlant très peu, mais avec chaleur, et, pour lui rendre justice, jamais il ne me donna la moindre raison de me plaindre, soit d'aucune tendance à abuser des libertés que je lui accordais, soit de son indiscrétion à les divulguer. Il y a donc une fatalité dans l'amour, ou je l'aurais aimé, car c'était réellement un trésor, un morceau pour la bonne bouche[15] d'une duchesse, et à dire le vrai, mon goût pour lui était si extrême qu'il fallait y regarder de fort près pour décider que je ne l'aimais pas.

[15] En français dans le texte.

Quoi qu'il en soit, mon bonheur avec lui ne fut pas de longue durée. Une imprudence interrompit bientôt un si tendre commerce et nous sépara pour toujours lorsque nous y pensions le moins. Un matin, étant à folâtrer avec lui dans mon cabinet, il me vint en tête d'éprouver une nouvelle posture. Je m'assis et me mis jambe de-çà, jambe de-là sur les bras du fauteuil, lui présentant à découvert la marque où il devait viser. J'avais oublié de fermer la porte de ma chambre et celle du cabinet ne l'était qu'à demi, M. H..., que nous n'attendions pas, nous surprit précisément au plus intéressant de la scène.

Je jetai un cri terrible en abattant mes jupes. Le pauvre Will, comme frappé d'un coup de foudre, demeura interdit et aussi pâle qu'un mort. M. H... nous regarda quelque temps l'un et l'autre, avec un visage où la colère, le mépris et l'indignation paraissaient dans leur plus haut degré, et, reculant en arrière, se retira sans dire un mot. Toute troublée que j'étais, je l'entendis fermer la porte à double tour.

Pendant ce temps-là, le malheureux complice de mon infidélité agonisait de frayeur, et j'étais obligée d'employer le peu de courage qui me restait pour le rassurer. La disgrâce que je venais de lui causer me le rendait plus cher. Je lui baignais le visage de mes pleurs, je le baisais, je le serrais dans mes bras; mais le pauvre garçon, devenu insensible à mes caresses, ne remuait pas plus qu'une statue.

M. H... rentra un moment après, et nous ayant fait venir devant lui, il me demanda d'un ton flegmatique à me désespérer ce que je pouvais dire pour justifier l'affront humiliant que je venais de lui faire. Je lui répondis en pleurant, sans aggraver mon crime par le style audacieux d'une courtisane effrontée, que je n'aurais jamais eu la pensée de lui manquer à ce point s'il ne m'en avait, en quelque manière, donné l'exemple, en s'abaissant jusqu'aux dernières privautés avec ma servante; que toutefois je ne prétendais pas excuser ma faute par la sienne; qu'au contraire, j'avouais que mon offense était de nature à ne pas mériter de pardon, mais que je le suppliais d'observer que c'était moi qui avais séduit son valet dans un esprit de vengeance. Enfin, j'ajoutai que je me soumettais volontiers à tout ce qu'il voudrait ordonner de moi, à condition qu'il ne confondît point l'innocent et le coupable.

Il sembla un peu déconcerté quand je lui rappelai l'aventure de ma servante; mais, s'étant remis bientôt, il me répondit à peu près en ces termes: