«Lorsque ma mère fut partie, je dis à la servante que j'allais me reposer sur le lit de la dame qui logeait chez nous, le mien n'étant pas dressé, et que, n'ayant besoin que d'un peu de repos pour me remettre, je la priais de ne point venir m'interrompre. Lorsque je fus dans la chambre, je me délaçai et me jetai à moitié nue sur le lit. Là je me livrai de nouveau à mes vieilles et insipides coutumes; la force de mon tempérament m'excitant, je cherchai partout des secours que je ne pouvais trouver; j'aurais mordu mes doigts de rage, de ce qu'ils représentaient si mal la seule chose qui pût me satisfaire, jusqu'à ce que, assoupie par mes agitations, je m'endormis légèrement pour jouir d'un rêve qui, sans doute, devait m'avoir fait prendre les positions les plus séduisantes.
«A mon réveil, je trouvai avec surprise ma main dans celle d'un jeune homme qui se tenait à genoux devant mon lit et qui me demandait pardon de sa hardiesse. Il me dit qu'il était le fils de la dame qui occupait la chambre; qu'il était monté sans avoir été aperçu par la servante, et que, m'ayant trouvée endormie, sa première résolution avait été de retourner sur ses pas, mais qu'il avait été retenu par un pouvoir irrésistible.
«Que vous dirai-je? Les émotions, la surprise et la crainte furent d'abord chassées par les idées du plaisir que j'attendais de cette aventure. Il me sembla qu'un ange était descendu du ciel à dessein; car il était jeune et bien tourné, ce qui était plus que je n'en demandais; l'homme était ce que mon cœur désirait de connaître. Je crus ne devoir ménager ni mes yeux, ni ma voix, ni aucune avance pour l'encourager à répondre à mes désirs. Je levai donc la tête, pour lui dire que sa mère ne pouvant revenir que vers la nuit, nous ne devions rien craindre de sa part; mais je vis bientôt que je n'avais pas besoin de l'encourager et qu'il n'était pas si novice que je le croyais, car il me dit que si j'avais connu ses dispositions, j'aurais eu plus à espérer de sa violence qu'à craindre de son respect.
«Voyant que les baisers qu'il imprimait sur ma main n'étaient pas dédaignés, il se leva, et collant sa bouche sur mes lèvres brûlantes, il me remplit d'un feu si vif que je tombai doucement à la renverse et lui avec moi. Les moments étaient trop précieux pour les perdre en vaines simagrées; mon jeune garçon procéda d'abord à l'affaire principale, pendant qu'étendue sur mon lit je désirais l'instant de l'attaque, avec une ardeur peu commune à mon âge. Il leva mes jupes et ma chemise. Cependant, mes désirs augmentant à mesure que je voyais les obstacles s'évanouir, je n'écoutai ni pudeur, ni modestie, et chassant au loin la timide innocence, je ne respirai plus que les feux de la jouissance; une rougeur vive colorait mon visage, mais insensible à la honte, je ne connaissais que l'impatience de voir combler mes désirs.
«Jusqu'alors je m'étais servie de tous les moyens qui m'avaient paru propres à soulager mes tourments; mais quelle différence de ces attouchements à mon insipide manuélisation!
«Enfin, après s'être amusé quelque temps avec ma petite fente, qui palpitait d'impatience, il déboutonne son gilet et son haut-de-chausse, et montre à mes regards avides l'objet de tous mes soupirs, de tous mes rêves et de tout mon amour. Je le parcours des yeux avec délices... mais bientôt je l'accueillis avec ravissement.
«Rien ne me paraissait préférable à la jouissance que j'allais goûter, de sorte que, craignant que la douleur n'empêchât le plaisir, je joignis mes secousses à celles de mon athlète. A peine poussai-je quelques tendres plaintes.
«Extasiée, je me livrai à ses transports corps et âme, puis je restai quelque temps accablée par la fatigue et le plaisir.
«C'est ainsi que je vis s'accomplir mes plus violents désirs et que je perdis cette babiole dont la garde est semée de tant d'épines; un accident heureux et inopiné me procura cette occasion, car ce jeune gentleman arrivait à l'instant du collège et venait familièrement dans la chambre de sa mère, dont il connaissait la situation pour y avoir été souvent autrefois, quoique je ne l'eusse jamais vu et que nous ne nous connussions que d'ouï-dire.
«Les précautions du jeune athlète, cette fois et plusieurs autres, que j'eus le plaisir de le voir, m'épargnèrent le désagrément d'être surprise dans mes fréquents exercices. Mais la force d'un tempérament que je ne pouvais réprimer, et qui me rendait les plaisirs de la jouissance préférables à ceux d'exister, m'ayant souvent trahie par des indiscrétions fatales à ma fortune, je tombai à la fin dans la nécessité d'être le partage du public, ce qui, sans doute, eût causé ma perte, si la fortune ne m'eût fait rencontré ce tranquille et agréable refuge.»