ÉPITRE A GEORGES FELTON MATTHEW
Douces sont les joies que procure la poésie,
Et doublement douces quand elle chante une fraternité;
Aucun souvenir, Matthew, ne peut évoquer à nos yeux
Un destin plus plaisant, une jouissance plus vraie
Que celui dans lesquels s'ébattent deux Poètes frères,
Qui, en combinant leurs inspirations, emploient leur talent
A élever un trophée aux muses du drame.
La pensée de cette grande association infuse
Dans le cœur aimant du génie, la divination
De tout ce qui est haut, grand, bon et calmant.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Novembre 1815.
SONNET
Combien de bardes dorent le cours du temps!
Quelques uns d'entre eux furent toujours la nourriture
De mon imagination charmée—Je pouvais longuement méditer
Sur leurs beautés, terrestres ou célestes:
Et souvent, lorsque je m'asseois pour rimer,
Elles font en foule irruption dans mon cerveau:
Mais ni confusion, ni trouble grossier
Elles n'apportent; c'est un harmonieux accord.
Ainsi les innombrables sonorités qui sont l'apanage du soir;
Les chants des oiseaux—le bruissement des feuilles—
La voix des eaux—la grande cloche qui se balance
En résonnant solennellement—et des milliers d'autres encore,
Que la distance empêche de reconnaître,
Forment non un vacarme incohérent, mais une délicieuse symphonie.
Avril 1816.