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Tels sont les plaisirs qui échoient au poète vivant:
Mais plus riche est la récompense de la postérité.
Que murmurera-t-il dans son dernier soupir,
Lorsque ses fiers regards perceront les ténèbres de la mort?
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Quant à mes sonnets, quoique personne n'y ait fait attention,
Je me réjouis, cependant, à l'idée que vous les lirez.
Depuis peu, aussi, j'ai éprouvé un grand et paisible plaisir,
Etendu sur le gazon, occupé à ce que j'aime par dessus tout:
A griffonner ces lignes pour vous. Voilà ce que je pensais
Tandis que sur mon visage je sentais la brise la plus fraîche.
En ce moment, je repose sur un lit de fleurs
Qui couronne une falaise élevée; et celle-ci domine fièrement
Les vagues de l'Océan. Les pédoncules, les brins d'herbe
Strient ma table de leurs ombres tremblotantes.
D'un côté est un champ d'avoines penchées,
Que les coquelicots émaillent de leurs folioles écarlates.
Si choquantes et si inutiles, puisqu'elles rappellent à l'esprit
Les vêtements rouges que déteste l'humanité,
Et de l'autre côté, se déploie devant mes yeux
Le manteau bleu de l'Océan avec des raies pourpres et vertes.
Tantôt j'aperçois un navire avec ses voiles, et tantôt
Je remarque le remous, brillant comme de l'argent, qui enveloppe sa proue.
Je vois l'alouette redescendant vers son nid,
Et la mouette, aux vastes ailes, qui jamais ne se repose;
Car, lorsqu'elle n'étale plus largement ses ailes,
Sa poitrine danse sur la mer inlassablement agitée
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Août 1816.
ÉCRIT PENDANT UNE SOIRÉE D'ÉTÉ
Les cloches de l'église font résonner les alentours de leur mélancolie,
Elles invitent les fidèles à prier encore,
A se plonger encore dans le noir, dans de plus redoutables soucis,
A écouter plus souvent l'affreuse éloquence d'un prédicateur.
A coup sûr l'esprit de l'homme est étroitement envoûté
Par quelque sombre ensorcellement; on voit chacun fuir
Les joies du foyer, et les airs Lydiens,
Et les entretiens élevés avec ceux que la gloire a couronnés.
Toujours, toujours les cloches sonnent, et j'en sentirais un froid humide
Un frisson comme celui qui émane de la tombe, si je ne savais
Qu'elles vont mourir, comme une lampe dont l'huile est consumée,
Que c'est leur dernier soupir, leur lamentation avant de rentrer
Dans l'oubli—si je ne savais que de fraîches fleurs écloront
Et de nombreuses gloires marquées au sceau de l'immortalité.
1816.
ÉPITRE A CHARLES COWELEN CLARKE
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D'après ce qui précède, ami Charles, vous pouvez clairement concevoir
Pourquoi je ne vous ai jamais adressé de vers:
Parce que mes pensées n'étaient jamais nettes ni précises,
Et qu'elles étaient peu dignes de plaire à une oreille classique;
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Aussi ne le ferais-je pas maintenant si je ne vous connaissais depuis longtemps;
Si vous ne m'aviez le premier appris tous les charmes du chant:
Le grand, le doux, l'élégant, le libre, le délicat;
Celui qui s'enfle pathétiquement et celui qui va divinement droit;
Les voyelles Spensériennes qui prennent leur essor en toute aisance,
Et flottent comme les oiseaux sur les mers estivales;
Les tempêtes Miltoniennes, et plus encore, la tendresse Miltonienne;
Michel en armes, et plus encore la charmante gracilité de la tendre Eve.
Qui a lu pour moi le sonnet s'enflant bruyamment
Jusqu'à son apogée, puis mourant fièrement?
Qui a exalté pour moi la grandeur de l'ode,
Tirant, comme Atlas, sa vigueur de son propre poids?
Qui m'a fait goûter plus qu'une liqueur forte
La tranchante épigramme à la pointe aiguisée?
Et m'a prouvé que, de tous, l'épique était le roi,
Sphérique, grandiose, enserrant tout comme l'anneau de Saturne?
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Septembre 1816.