ADRESSÉ A HAYDON
Hauteur d'esprit, jalousie pour tout ce qui est bien,
Une ardente tendresse pour la renommée d'un grand homme,
Habitent çà et là au milieu de cette foule sans nom,
Dans la ruelle infecte, dans le bois inextricable;
Et là où nous pensons que la vérité est la moins comprise,
Très souvent nous trouvons la «sincérité du but»
Qui devrait épouvanter jusqu'à se cacher de honte
Une pitoyable engeance, affamée d'argent.
Combien glorieuse est cette affection pour la cause
Du génie inébranlable, peinant vaillamment!
Qu'arrive-t-il lorsqu'un intrépide champion fait rentrer
L'Envie et la Malice dans leur taudis natal?
D'innombrables âmes font retentir de discrets applaudissements,
Fières de le contempler dans les yeux de sa patrie.
1816.
ADRESSÉ A HAYDON
De grands esprits habitent en ce moment sur terre;
Celui du nuage, de la cataracte, du lac,
Qui sur le sommet d'Helvellyn, les yeux ouverts,
Reçoit sa fraîcheur des ailes de l'Archange:
Celui de la rose, de la violette, du printemps,
Du sourire social, du lien pour le salut de la Liberté:
Et là!—de celui dont la fermeté jamais ne devrait prendre
Un son plus humble que le chuchotement de Raphaël.
D'autres esprits se tiennent ici à l'écart
Sur le seuil de l'âge qui vient;
Ceux-là, ceux-là donneront au monde un autre cœur
Et d'autres pulsations. N'entends-tu pas le ahan
De puissants travaux dans les humaines entreprises?
Ecoutez un instant, nations, et soyez muettes!
20 novembre 1816.