Heureuse est l'Angleterre! je me contenterais
De ne pas voir d'autre verdure que la sienne;
De ne pas sentir d'autres brises que celles qui soufflent
A travers ses imposantes futaies confondues avec les grandioses légendes;
Et cependant, parfois, je sens que je languis
Pour le ciel Italien, que je gémis intérieurement
De ne pas prendre assiette sur une Alpe comme sur un trône,
Et que j'oublie à demi ce que signifient monde et mondanité.
Heureuse est l'Angleterre! suaves sont ses filles dénuées d'artifice;
Suffisant pour moi est leur simple charme,
Suffisants sont leurs bras blancs vous enlaçant en silence:
Et cependant, je brûle souvent, avec ardeur, de voir
Des beautés au regard énigmatique, d'entendre leurs chants,
Et de voguer avec elles sur les eaux estivales.
1816.
SUR LA SAUTERELLE ET LE GRILLON
La poésie de la terre ne meurt jamais:
Quand tous les oiseaux abattus par la chaleur du soleil
Se cachent sous la fraîcheur des arbres, une voix courra
De haie en haie le long des prés nouvellement fauchés;
C'est celle de la Sauterellle—qui conduit le concert
Dans la volupté de l'été; inépuisables
Sont ses délices; et, lorsqu'elle est lassée de ses jeux
Elle se repose à l'aise, abritée sous quelque roseau hospitalier.
La poésie de la terre ne cesse jamais:
Par une solitaire soirée hivernale, quand la gelée
A imposé un silence général, dans l'âtre grince
Le cri du Grillon, dont la chaleur augmente l'acuité;
Il semble au dormeur à moitié assoupi
La voix de la Sauterelle parmi les collines herbues.
30 décembre 1816.
SONNET
Après que de sombres vapeurs ont pesé sur nos montagnes
Pendant une longue et triste saison, survient un jour
Enfant de l'aimable Sud, qui purge
Les cieux malades de toutes malsaines souillures.
Le mois anxieux, délivré de ses tourments,
Prend comme un droit longtemps perdu le contact de Mai,
Les paupières se jouent avec la fraîcheur qui passe,
Comme les feuilles de rose avec les gouttes des pluies d'été.
Les pensées les plus calmes flottent autour de nous:—les feuilles
Qui bourgeonnent—le fruit mûrissant dans le silence—les soleils d'automne
Souriant le soir sur les paisibles javelles—
La joue duvetée de Sapho—la respiration d'un enfant endormi—
Le sable qui parcourt grain par grain une horloge—
Un ruisselet sous bois—une mort de Poète.
Janvier 1817.