CALIDORE

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Douces les brises arrivaient de la forêt,
Douces elles soufflaient de côté la flamme de la bougie;
Claire venait la chanson du berceau lointain de Philomèle;
Agréable l'encens de la fleur du tilleul;
Mystérieux, farouche le son de la trompette résonnant au loin;
Adorable la lune dans l'éther, toute seule;
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1817.


FEMME! LORSQUE JE TE VOIS

Femme! lorsque je te vois bavarde, vaine,
Inconstante, puérile, orgueilleuse et pleine de caprices;
Dénuée de cette modeste langueur qui rehausse le charme
Des yeux baissés, repentants des blessures
Causées par leur douce lueur et les guérissant aussitôt:
Aussitôt mon esprit enfiévré s'exalte et bondit,
Aussitôt mon âme tressaute et se réjouit
De ce que si longtemps je sois resté fermé à l'amour.
Mais quand je te discerne bonne, charitable et tendre,
O ciel! avec quel acharnement j'adore
Ta grâce enchanteresse;—je brûle d'être
Ton défenseur—d'être ton Calidore—
Un vrai Chevalier de la Croix Rouge—un vaillant Léandre—
Pourvu que je sois aimé de toi comme ces héros de jadis!
Pieds agiles, yeux violet foncé, cheveux bien séparés.
Mains potelées, cou de neige, poitrine blanche,
Sont choses qui stupéfient les sens éblouis
Au point que les yeux fascinés, fixes, oublient qu'ils regardent.
D'un tel spectacle, o Ciel! je n'ai pas le courage
De détourner mon admiration, si dépourvu
Soit-il de ce qui mérite le respect, si dépouillé
De l'adorable modestie et des rares vertus.
Cependant, aussi insouciant que l'alouette, je me dégage
De ces leurres et les oublie immédiatement—même avant d'y avoir goûté
Ou d'avoir trois fois humecté mon palais; mais lorsque je remarque
Que de pareils charmes unissent leur éclat avec celui d'une bienveillante intelligence,
Mon oreille s'entrouvre, telle la gueule rapace d'un requin,
Pour se repaître des accents d'une voix divine.
Ah! qui peut oublier jamais une créature si parfaite?
Qui peut oublier ses attraits à demi dissimulés?
Dieu! elle est comme l'agneau d'un blanc de lait, qui bêle
Pour que l'homme le protège. Assurément Celui qui voit tout,
Qui est heureux de nous savoir satisfaits de ses dons,
Ne donnera jamais d'ailes au criminel qui entraîne
Tant d'innocence à sa ruine—qui vilement dupe
Un cœur naïf de colombe. Pour dire vrai, rien ne peut libérer
Nos pensées d'une telle beauté: lorsque j'entends
Un lai dont j'ai vu une fois sa main évoquer le rythme,
Son contour me semble flotter palpable et proche;
L'eussé-je jamais vue cueillir d'un berceau
Une fleur trempée de rosée, souvent cette main m'apparaîtrait,
Et sur mes yeux secouerait les perles tremblotantes de l'humidité.


A UN AMI QUI M'AVAIT ENVOYÉ DES ROSES