VERS SUR LA TAVERNE DE LA SIRÈNE[1]
—Ames de poètes morts et disparus,
Quel Elysée avez-vous connu,
Riante campagne ou caverne moussue,
Plus raffiné que la Taverne de la Sirène?
Vous êtes-vous enivrés avec boisson plus exquise
Que le vin des Canaries versé par mon hôte?
Ou y a-t-il au Paradis des fruits
Plus savoureux que ces friands pâtés
De venaison? O nourriture généreuse!
Préparée comme si le hardi Robin Hood
Voulait avec sa fiancée Marian,
Festoyer et se griser en vidant corne et canette.
—J'ai entendu dire qu'un beau jour
L'enseigne de mon hôte s'était envolée,
Personne ne savait où, jusqu'à ce que
La vénérable plume d'un astrologue
A une peau de mouton confiât l'anecdote—
Il raconta vous avoir vus dans votre gloire
Au-dessous d'une vieille enseigne nouvelle
Dégustant un breuvage divin,
Et mettant en gage d'un air satisfait
La Sirène dans le zodiac.
—Ames de poètes morts et disparus,
Quel Elysée avez-vous connu,
Riante campagne ou caverne moussue,
Plus raffiné que la Taverne de la Sirène?
Février 1818.
[1] Taverne fréquentée par les poètes de la période Elisabéthéenne Shakspeare, Ben Jonson etc.
LES SAISONS HUMAINES
Quatre saisons comblent la mesure de l'année;
Quatre saisons se partagent l'esprit de l'homme:
Il a son vigoureux printemps, lorsque sa pure fantaisie
Saisit en tout la Beauté, simplement en étendant la main.
Il a son Eté, lorsque voluptueusement
Récoltant le miel des jeunes pensées printanières, il se plaît
A ruminer, et, en s'élevant dans ces hauteurs de rêve,
Il se rapproche le plus du ciel; de paisibles baies
Abritent son âme en Automne, alors que, les ailes
Etroitement repliées, il se contente de regarder
Les brumes, dans l'oisiveté—de laisser les belles choses
Le côtoyer sans les utiliser plus qu'un ruisseau à sa source.
Il a son Hiver, aussi, de pâle déformation,
Autrement il abdiquerait sa nature mortelle.
13 mars 1818.