OÙ EST LE POÈTE?

Où est le poète? montrez-le! montrez-le,
Vous, les neuf Muses! que je puisse le reconnaître.
C'est l'homme qui en face d'un homme
Est toujours un égal, fût-il un roi,
Qu'il soit le plus pauvre de la tribu des mendiants
Ou n'importe quelle autre chose étonnante
Que puisse être un homme entre un singe et Platon;
C'est l'homme qui, devant un oiseau,
Roitelet ou aigle, trouve le chemin
De tous ses instincts; il a entendu
Le rugissement du lion, et peut dire
Ce qu'exprime sa gorge rugueuse,
Et pour lui le hurlement du tigre
A une signification et frappe
Son oreille comme une langue maternelle.


ROBIN HOOD

A un ami.

Non! ces jours sont loin derrière nous,
Leurs heures sont vieilles et grises,
Leurs minutes enterrées toutes
Sous le tapis mortuaire foulé aux pieds
Et formé par les feuilles de nombreuses années!
Bien des fois les grands ciseaux de l'hiver,
Le Nord glacé et l'Est frissonnant,
Accompagnèrent de leurs tempêtes la fête
Des toisons murmurantes de la forêt,
Depuis le temps où les hommes ne connurent ni termes ni rentes.
Non, le bugle ne retentit plus,
Pas plus que l'archet nasillard;
Silencieuse est la perçante flûte d'ivoire
A travers la bruyère et sur la colline;
Dans le cœur des grands bois s'est tû le rire
Dont l'Echo solitaire renvoie la moitié
A quelque pauvre hère affolé d'entendre
Un éclat joyeux au plus profond de la morne forêt.
Pendant le plus beau temps de Juin
Vous pouvez errer, sous le soleil ou la lune,
Ou les sept planètes pour vous éclairer,
Ou le rayon de la polaire pour vous guider;
Mais jamais vous n'apercevrez
Le petit John ou le vaillant Robin;
Jamais un seul, de tout le clan,
Tambourinant sur une pinte vide
Quelque vieille ballade de chasse, pour
Charmer sa verte promenade en allant
Chez la belle hôtesse Merriment[1],
Dans la vallée, près de l'herbage de Trent;
Car il a abandonné le joyeux conte
Avant-coureur de l'ale épicée.
Disparu, le vacarme de la bachique danse moresque;
Disparue, la chanson de Gamelyn;
Disparu, l'outlaw au ceinturon coriace
Flânant sous la «verte futaie».
Tous sont disparus et passés!
Et si Robin pouvait surgir
Tout à coup hors de sa tombe de gazon;
Et si Marian pouvait passer,
Une fois encore, ses jours en forêt,
Elle pleurerait, et il deviendrait fou:
Il jurerait; car tous ses chênes
Abattus par les ouvriers de l'arsenal
Se sont pourris dans les ondes salées;
Elle pleurerait de ce que ses abeilles sauvages
Ne chantent plus pour elle—étrange! que le miel
Ne puisse plus être obtenu sans beaucoup d'argent!
C'est ainsi: cependant chantons,
Honneur au vieil arc!
Honneur au cor de chasse!
Honneur aux taillis non coupés!
Honneur au vert Lincoln!
Honneur à l'archer infaillible!
Honneur à l'adroit petit John!
Au cheval sur lequel il galopait!
Honneur au hardi Robin Hood!
S'endormant sous la feuillée!
Honneur à sa fiancée Marian!
Et à tout le clan de Sherwood!
Quoique leurs jours se soient enfuis,
Tous deux entonnons un refrain.
3 février 1818.

[1] Littéralement: Bonheur.