ÉCRIT DANS LA DEMEURE DE BURNS
Ce corps mortel d'un millier de jours
Occupe en ce moment, Burns, une place dans la propre chambre,
Où tu as rêvé seul de lauriers en bourgeons,
Heureux et sans penser au jour fatal!
Mon pouls s'échauffe avec ton propre Barley-bree,
Ma tête est légère pour porter un toast à une grande âme,
Mes yeux sont hagards, et je ne peux pas voir,
Mon imagination est anéantie et enivrée de son but;
Et cependant je peux appuyer mon pied sur ton plancher,
Je peux ouvrir le châssis de ta fenêtre pour découvrir
La prairie que tu as foulée si souvent,—
Et cependant je peux penser à toi jusqu'à m'aveugler la pensée,—
Et je peux boire une rasade en ton nom,—
Oh! souris parmi les ombres, car c'est la célébrité!
22 juillet 1818.
STAFFA
Jamais Aladin le magicien
N'entreprit un tel ouvrage;
Jamais la sorcière de la Dee
Ne put voir un tel rêve.
Ni Saint Jean, en l'île de Patmos,
Dans l'ardeur de sa mission,
Lorsqu'il aperçut les sept églises,
Aux nefs dorées, érigées dans le ciel,
N'eut les yeux frappés de l'émerveillement
Que j'éprouvai debout sous sa voûte.
Là! je vis là quelqu'un endormi
Sur le marbre froid et nu;
Pendant que les flots lavaient ses pieds
Et que ses blancs vêtements claquaient,
Trempés, contre les sombres rocs.
Sur sa nuque ses longues mèches
Soulevées, sans être mouillées, au-dessus de la mer
Flottaient sur les vagues comme elles ondulées.
«Qu'est cela et qui es-tu?»
Chuchotai-je en touchant son front;
«Qui es-tu et qu'est cela?»
Chuchotai-je, et je m'efforçai de baiser
La main de l'esprit, pour éveiller ses yeux.
Il tressaillit à l'instant même:
«Je suis Lycidas, dit-il,
Célèbre par mes chants funèbres.
Cette architecture est l'œuvre
Du grand Océan!—
C'est ici que ses puissantes eaux font vibrer
Tout le jour les orgues caverneuses;
C'est ici que, tour à tour, tous ses dauphins
Pèlerins à nageoires, grands et petits
Viennent payer l'hommage dû,—
Chacun doit faire jaillir des perles de sa bouche!
Plus d'un mortel de ces jours
Ose fouler nos sentiers sacrés,
Ose profaner audacieusement
Cette cathédrale de la mer!
Je fus le pontife souverain
De ce lieu où les eaux jamais ne se calment,
Où le chœur empenné des oiseaux de mer
S'élève à jamais! Le feu sacré
Je le garde caché à tout mortel;
Protée est mon sacristain!
Mais le regard stupide d'un humain
A franchi ce portail de rochers:
Aussi pour toujours fuirai-je
Ce lieu ainsi souillé, et bientôt
Je le dépouillerai de son enchantement.»
Ce disant, avec la rapidité de l'éclair
L'Esprit plongea!
26 juillet 1818.