TEIGNMOUTH
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cher Reynolds! j'ai un conte mystérieux,
Et ne peux pas le dire; je déchiffre la première page
Sur un roc de Lampit couvert d'algues vertes
Au milieu des brisants; il faisait une soirée tranquille,
Les roches demeuraient silencieuses, la vaste mer roulait
Sans fracas une frange d'écume argentée
Sur une plage unie de sable brun; j'étais chez moi
Et mon bonheur eût été complet—mais je voyais
Trop profondément dans les espaces sous-marins, où chaque estomac,
S'il est le plus fort, se nourrit du plus faible éternellement.—
Mais je pénétrais trop distinctement jusqu'au cœur
D'une éternelle et féroce destruction;
Ainsi du bonheur je m'étais éloigné.
Cette pensée m'obsède encore, et quoique, aujourd'hui,
J'aie cueilli de jeunes pousses printanières et de joyeuses fleurs
De pervenches et de fraises sauvages,
Je perçois encore cette destruction infiniment féroce:—
Le Requin cruel pour sa proie—le Faucon armé de ses serres,—
Le gentil Rouge-Gorge, tout comme le Léopard et l'Once
Dévorant un Ver,—Arrière, horrible penchants!
Penchants que chacun porte en soi!. . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
D'APRÈS RONSARD
FRAGMENT D'UN SONNET
La nature retint Cassandre dans les espaces éthérés
Pour la parer davantage, un millier d'années,
Elle prit les nuances les plus délicates de leur crème de Beauté,
Et la modela et la colora avec plus de soin que ses pareilles:
Pendant ce temps l'Amour la pressait tendrement dans ses ailes,
Et sous leur ombrage emplissait ses yeux
De tant d'éclat que les royaux habitants des nuages
Du haut Olympe poussaient des soupirs d'esclaves.
Aussitôt que des Cieux je la vis pour la première fois descendre,
Mon cœur prit feu et ressentit de brûlantes douleurs—
Elles furent mes seuls plaisirs—elles furent la triste fin de ma Vie;
L'amour avait infusé sa beauté dans mes ardentes veines...
22 septembre 1818.