Walter Scott s'attarde dans la narration pittoresque, imite de vieilles ballades, décrit de vieux châteaux, de vieilles amours et de vieux combats.
Southey dans sa jeunesse, un des plus chauds partisans des idées nouvelles, s'incorpore ensuite dans le parti conservateur.
Coleridge laisse évaporer son inspiration dans les nuages de la métaphysique allemande.
Le délicieux humoriste Lamb veille avec une adorable sollicitude sur sa sœur, pauvre folle qui avait tué sa mère dans un accès de délire.
L'opulent Lord Byron, si merveilleusement doué pour chanter toutes les véhémences, mésuse de son talent en diatribes contre la société et en injures contre la vie qui l'avait comblé. Il a tout épuisé, tout ce qui eût contenté l'ambition d'un autre homme: passion du jeu, des femmes, de la gloire. Son dévouement pour une noble cause et sa vaillance pendant les derniers mois de son existence ont plus servi sa renommée que ses meilleurs poèmes.
Wordsworth compose des vers exquis sur des thèmes souvent par trop insignifiants, fastidieusement et invariablement édifiants.
Le généreux Shelley, le plus génial de tous, plus génial que Keats lui-même, considère la poésie comme l'expression la plus haute de la philosophie, «comme une sorte d'ascension indéfinie vers le bien de l'humanité», rêve des réformes sociales, et parfois se perd dans l'infini, ainsi qu'il était arrivé, dans le second Faust, à son seul rival, le grand Gœthe.
«C'est une sensation désagréable, a écrit Novalis, le plus proche de l'auteur d'Endymion parmi les écrivains allemands, d'entendre des mots superflus lorsqu'il y a un but déterminé à atteindre, et comme la poésie n'est autre chose qu'un superflu cultivé, une chose qui se développe elle-même, elle devient absolument répugnante lorsqu'elle n'est pas à sa place, lorsqu'elle veut raisonner et argumenter, et, en général, lorsqu'elle assume un air sérieux: elle n'est plus poésie.»
Pour Keats, l'Art est une entéléchie, une fin en soi. Et comme il n'a jamais admis qu'une sensation fût une chose moins relevée qu'une idée ou un sentiment, il lui suffit que la poésie concrétise avec intensité l'extase que font naître les impressions innombrables qu'il reçoit du dehors.
Des phénomènes insignifiants, qui passeraient inaperçus pour tout être moins perméable, développent en lui une activité sensorielle qui met en jeu les uns ou les autres de ses sens, ou tous à la fois. Une fermentation, un travail exclusivement interne, se produisent alors, lents, inconscients, qui surexcitent certaines de ses facultés et paralysent les autres. Nulle inquiétude, nulle curiosité ne le poussent plus vers un non-moi quelconque. Ce qu'il a emmagasiné dans la fièvre l'absorbe uniquement, et, pendant cette incubation, le merveilleux spectacle de l'univers ne l'émeut plus assez pour qu'il daigne en prendre sa part. Un seul désir le hante désormais, égoïste, farouche: décomposer et analyser les principes premiers de la sensation répercutée en son tréfonds, ressusciter la naïveté et la simplicité primordiale de toutes choses, découvrir leur entité pour s'expliquer à soi-même leur profonde, leur véritable signification, pour, en son propre moi, comme en un creuset, reconstituer et recombiner ces éléments épars, les fondre, les modeler de façon à leur donner, sous une forme nouvelle, l'expression la plus définitive.