A FANNY
J'implore votre merci—pitié—amour!—oui, l'amour!
L'amour miséricordieux qui n'excite pas les désirs,
Qui n'a qu'une pensée, ne vagabonde jamais, l'amour sincère,
Sans masque, et quand il se montre—sans aucune tache!
Oh! que tout cela soit à moi,—tout—soit mien!
Cette forme, cette beauté, cette douce, cette légère marque
D'amour, votre baiser,—ces mains, ces yeux divins.
Ce sein brûlant, éclatant de blancheur, prometteur de mille plaisirs,—
Vous même—votre âme—par pitié donnez-moi tout.
Ne me refusez pas un atome d'atome, ou je meurs,
Ou, si je vis, peut-être, votre esclave infortuné
Oubliera, plongé dans une langoureuse détresse,
Le but de son existence—le palais de mon esprit
Perdant son goût, et mon ambition aveugle!
1819.
SON DERNIER SONNET
Ecrit sur un exemplaire des Poèmes de Shakespeare donné à Severn quelques jours avant.
Astre brillant! puissé-je, immobile comme tu l'es—
Non pas, resplendir à l'écart suspendu dans la nuit,
Et surveiller, les paupières éternellement redressées,
Tel un forçat de la Nature, Ermite sans sommeil,
Les eaux mouvantes, dans leur tâche lustrale,
Purifiant de leur ablution les rivages des hommes,
Ou contempler le masque floconneux, que, fraîchement tombée,
La neige impose aux montagnes et aux bruyères,—
Non,—mais, puissé-je, toujours immobile, toujours immuable,
Posséder comme oreiller le sein mûrissant de ma bien aimée,
Pour le sentir à jamais doucement se soulever puis s'abaisser,
Eveillé à jamais en une délicieuse insomnie,
Pour entendre encore, et encore, sa tendre respiration,
Et vivre ainsi toujours—ou sinon m'évanouir dans la mort![1]
1820.
[1] Autre texte: