I
Ne verse pas de larmes! oh n'en verse pas!
La fleur s'épanouira une autre année.
Ne pleure pas! oh ne pleure pas davantage?
Les bourgeons naissants sommeillent dans le cœur blanchissant de la racine.
Sèche tes yeux! oh sèche tes yeux!
On m'a appris en Paradis
A calmer mon cœur avec des mélodies—
Ne verse pas de larme.
Au-dessus de ta tête! Regarde au-dessus?
Parmi les fleurs blanches et roses—
Regarde en haut, en haut. Voilà que je voltige
Sur cette branche de rougissante grenade!
Vois moi! C'est ce croissant d'argent
Qui guérit toujours la souffrance de l'homme bon.
Ne verse pas de larme! oh n'en verse pas!
La fleur s'épanouira une autre année.
Adieu, adieu!—Je m'envole, adieu!
Je m'évapore dans le bleu du ciel—
Adieu! adieu!
II
Ah! malheur à moi! pauvre être ailé d'Argent!
Il me faut chanter la mélopée funèbre de ta dame,
Et sa mort en ce féerique séjour de printemps,
De mélodie, de ruisseau aux rives fleuries,—
Pauvre être ailé d'Argent! ah! malheur à moi!
Il me faut voir
Les fleurs de neige sur le drap funèbre de ta dame!
Va gentil page, à son oreille
Murmure que l'heure est proche.
Doucement dis lui de ne pas redouter
Une sépulture si paisible et si favonienne![1]
Va gentil page! et dis lui tout bas,—
Les fleurs sont suspendues par un charme passager,
Elles tomberont avant que l'étoile cligne trois fois
Sur ses yeux clos,
Qui maintenant versent en vain leurs dernières larmes
En quittant la douce vie et ses verdoyants bocages,—
Fastueux don de l'Esprit des Sphères,—
Hélas! Pauvre Reine!

[1] Exposée aux vents d'Ouest: si saine.


ODE A L'AUTOMNE

I
Saison de brume et de féconde abondance,
Proche parente du soleil qui dore;
Contribuant avec lui à charger et à combler
De fruits les vignes qui courent le long des toits de chaume;
A courber sous le poids des pommes les arbres moussus du cottage,
A mûrir jusqu'au cœur tous les fruits;
A grossir les courges, à gonfler les coques des noisettes
D'un succulent noyau; à faire bourgeonner davantage
Et davantage encore, les dernières fleurs pour les abeilles,
Au point de leur faire croire que les jours chauds ne cesseront jamais,
Tant l'Eté a rempli jusqu'au bord leurs visqueuses alvéoles.
II
Qui ne t'a pas vue souvent parmi tes récoltes?
Parfois qui cherche au dehors peut te trouver
Assise nonchalamment sur le plancher d'un grenier,
Les cheveux mollement soulevés par le souffle du van:
Ou sur un sillon à moitié moissonné profondément assoupie,
Engourdie par l'exhalaison des pavots, tandis que ta faucille,
Epargne l'andain le plus proche et, toutes ses fleurs entrelacées:
Et parfois, comme une glaneuse tu restes
La tête chargée, bien droite, en franchissant un ruisseau;
Ou près d'un pressoir à cidre, d'un patient regard
Tu surveilles les dernières cuvées, heure par heure.
III
Où sont les chants du printemps? Hélas, où sont-ils?
N'y pense plus, tu as ton harmonie aussi—
Pendant que les nuages striés teintent le déclin graduel du jour
Et colorant d'une nuance rose le chaume des plaines;
Alors, en un chœur plaintif, les petits moucherons zézaient
Autour des saules du fleuve, remontant dans l'atmosphère
Ou redescendant, suivant que la brise légère s'élève ou meurt;
Et les agneaux déjà grands bêlent haut parqués sur le coteau,
Les grillons des haies chantent; à son tour en trilles mélodieux
Le rouge-gorge siffle d'un jardin enclos;
Et les hirondelles se rassemblant gazouillent dans les cieux.
Automne 1819.


SONNET

La journée a disparu, disparues sont toutes ses douceurs!
Voix suave, lèvres suaves, douce main et sein plus doux encore,
Souffle chaud, léger soupir, tendre murmure,
Yeux brillants, forme accomplie et taille langoureuse!
Effacée est la fleur et tous ses charmants bourgeons,
Effacée la vue de la beauté hors de mes regards,
Effacée la forme de la beauté hors de mes bras,
Evaporés la voix, la chaleur, la blancheur, le paradis.—
Tout s'est évanoui prématurément au crépuscule,
Lorsque sombre le jour de fête—ou que la nuit de fête
De l'Amour sous les rideaux parfumés, commence à tisser
La trame d'épaisses ténèbres, qui cache ses délices;
Mais comme tout le long du jour j'ai lu le Missel de l'Amour,
Il me laissera dormir, voyant que je jeûne et que je prie.
1819.