SONNET

Si par de plaies rimes notre Anglais doit être asservi,
Si, telle Andromède, le délicat Sonnet
Doit être enchaîné, en dépit de sa douloureuse beauté,
Essayons de découvrir si nous devons être contraints
Avec des sandales plus compliquées de liens et de forme,
De chausser le pied nu de la Poésie;
Inspectons la lyre, calculons la résonnance
De chaque corde, et voyons ce qui peut être gagné
Par une oreille industrieuse et une patiente attention;
Avares du son et de la syllabe, non moins
Que Midas de son invention, soyons jaloux
De la couronne de feuilles mortes tressée avec le laurier;
Donc, si nous ne pouvons pas laisser sa liberté à la Muse,
Elle sera liée par ses propres guirlandes.
avril 1819.


STANCES

(Tirées de la Gazette littéraire, 1829.)

I
En Décembre aux lugubres nuits,
Trop heureux, heureux arbre!
Tes branches jamais ne se rappellent
Leur verte félicité;
Le vent du Nord ne peut les détruire
En les traversant de son sifflement endormeur,
Ni les givres glacés ne les engluent assez
Pour obstruer les bourgeons du printemps.
II
En Décembre aux lugubres nuits,
Trop heureux, heureux ruisseau!
Tes bouillons jamais ne se rappellent
L'aspect estival d'Apollon;
Mais, en un doux oubli
Ils arrêtent les frémissements de leur onde cristalline,
Jamais, jamais ne s'encolérant
Parce qu'il gèle.
III
Ah! pût-il en être ainsi pour maintes
Filles et maints garçons aimables!
Mais y en eut-il jamais qui ne furent pas
Torturés par les plaisirs passés?
Constater le changement et en sentir la souffrance,
Lorsqu'il n'est personne qui vous en guérisse.
Et que les sens ne sont pas engourdis pour l'ignorer,
N'a jamais été exprimé en vers.


CHANSONS DE FÉES