SUR LA GLOIRE
Combien fiévreux est l'homme qui ne peut jeter les yeux
Sur ses jours mortels avec un sang calme,
Qui froisse toutes les feuilles du livre de sa vie,
Et dépouille son beau nom de sa virginité;
De même la rose se cueillerait elle-même,
Ou la prune mûre s'enlèverait sa fleur bleutée,
De même une Naïade, tel un elfe maladroit,
Assombrirait la clarté de sa grotte d'une fangeuse obscurité;
Mais la rose émerge de l'églantier
Pour baiser les aquilons et nourrir les reconnaissantes abeilles,
Et la prune mûre demeure revêtue de sa buée;
Pourquoi donc l'homme, importunant le monde pour une grâce,
Risquerait-il son salut pour une croyance erronée et excessive?
30 avril 1819.
SUR LA GLOIRE
La gloire, telle une vierge entêtée, demeurera prude
Envers ceux qui la courtisent avec des genoux trop serviles;
Mais elle se livre à quelque garçon irréfléchi,
Et surtout raffole d'un cœur insouciant;
C'est une Gypsie—qui n'adressera pas la parole à ceux
Qui n'ont pas appris à être heureux sans elle;
Une coquette à l'oreille de laquelle on n'a jamais chuchoté de près,
Qui pense qu'on médit d'elle dès qu'on en parle;
C'est une véritable Gypsie, née sur les bords du Nil,
Belle-sœur de la jalouse Putiphar;
Vous, Bardes ivres d'amour! rendez-lui mépris pour mépris;
Vous, Artistes éperdus d'amour! fous que vous êtes!
Tirez-lui votre meilleure révérence et dites lui adieu,
Alors, si cela lui convient, elle vous suivra.
avril 1819.