On voit les mages revenant en bateau, dit M. Male, sur un des panneaux de la rose de Soissons et sur le vitrail consacré à l'enfance de Jésus-Christ qui orne la chapelle absidale de la cathédrale de Tours.—(Note du Traducteur.)
[305]Saint Matthieu, II, 12.—(Note du Traducteur.)
[306]Isaïe, IX, 5.—(Note du Traducteur.)
[307]Cf. Lectures on Art: «L'influence de cet art réaliste sur l'esprit religieux de l'Europe a eu des formes plus diverses qu'aucune autre influence artistique, car dans ses plus hautes branches, il touche les esprits les plus sincèrement religieux, tandis que, dans ses branches inférieures, il s'adresse, non seulement au besoin le plus vulgaire d'excitation religieuse, mais à la simple soif de sensations d'horreur qui caractérise les classes sans éducation de pays partiellement civilisés; non pas seulement même à la soif de l'horreur, mais à un étrange amour de la mort qui s'est manifesté quelquefois dans des pays catholiques en s'efforçant que, dans les chapelles du Sépulcre, les images puissent être prises, à la lettre, pour de véritables cadavres.
Le même instinct morbide a souvent gagné l'esprit des artistes les plus puissants, et les plus imaginatifs, lui communiquant une tristesse fiévreuse qui dénature leurs plus belles œuvres; et finalement, c'est là le pire de tous ses effets, c'est par lui que la sensibilité des femmes chrétiennes a été universellement employée à se lamenter sur les souffrances du Christ au lieu d'empêcher celles de son peuple.
Quand l'un de vous voyagera, qu'il étudie la signification des sculptures et des peintures qui, dans chaque chapelle et dans chaque cathédrale, et dans chaque sentier de la montagne, rappellent les heures et figurent les agonies de la Passion du Christ, et essaye d'arriver à une appréciation des efforts qui ont été faits par les quatre arts: éloquence, musique, peinture, sculpture, depuis le XIIe siècle, pour arracher aux cœurs des femmes les dernières gouttes de pitié que pouvait encore exciter cette agonie purement physique car ces œuvres insistent presque toujours sur les blessures ou sur l'épuisement physique, et dégradent bien plus qu'elles ne l'animent, la conception de la douleur.
Puis essayez de vous représenter la somme de temps et d'anxieuse et frémissante émotion, qui a été gaspillée par les tendres et délicates femmes de la chrétienté pendant ces derniers six cents ans. (Ceci rejoint encore de plus près le passage du chapitre II de la Bible d'Amiens sur les femmes martyres à propos de sainte Geneviève.) Comme elles se peignaient ainsi à elles-mêmes sous l'influence d'une semblable imagerie, ces souffrances corporelles passées depuis longtemps, qui, puisqu'on les conçoit comme ayant été supportées par un être divin, ne peuvent pas, pour cette raison, avoir été plus difficiles à endurer que les agonies d'un être humain quelconque sous la torture; et alors essayez d'apprécier à quel résultat on serait arrivé pour la justice et la félicité de l'humanité si on avait enseigné à ces mêmes femmes le sens profond des dernières paroles qui leur furent dites par leur Maître: «Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants», si on leur avait enseigné à appliquer leur pitié à mesurer les tortures des champs de bataille, les tourments de la mort lente chez les enfants succombant à la faim, bien plus, dans notre propre vie de paix, à l'agonie de créatures qui ne sont ni nourries, ni enseignées, ni secourues, qui s'éveillent au bord du tombeau pour apprendre comment elles auraient dû vivre, et la souffrance encore plus terrible de ceux dont toute l'existence, et non sa fin, est la mort; ceux auxquels le berceau fut une malédiction, et pour lesquels les mots qu'ils ne peuvent entendre «la cendre à la cendre» sont tout ce qu'ils ont jamais reçu de bénédiction. Ceux-là, vous qui pour ainsi dire avez pleuré à ses pieds ou vous êtes tenus près de sa croix, ceux-là vous les avez toujours avec vous! et non pas Lui.
Vous avez toujours avec vous les malheureux dans la mort. Oui, et vous avez toujours les braves et bons dans la vie. Ceux-là aussi ont besoin d'être aidés, quoique vous paraissiez croire qu'ils n'ont qu'à aider les autres: ceux-là aussi réclament qu'on pense à eux et qu'on se souvienne d'eux. Et vous trouverez, si vous lisez l'histoire dans cet esprit, qu'une des raisons maîtresses de la misère continuelle de l'humanité, est qu'elle est toujours partagée entre le culte des anges ou des saints qui sont hors de sa vue, et n'ont pas besoin d'appui, et des hommes orgueilleux et méchants qui sont trop à portée de sa vue et ne devraient pas avoir son appui.
Et considérez combien les arts ont ainsi servi le culte de la foule. Des saints et des anges vous avez des peintures innombrables, des chétifs courtisans ou des rois hautains et cruels, d'innombrables aussi; quel petit nombre vous en avez (mais ceux-là remarquez presque toujours par des grands peintres) des hommes les meilleurs et de leurs actions. Mais réfléchissez vous-même à ce qu'eût pu être pour nous l'histoire; bien plus, quelle histoire différente eût pu advenir par toute l'Europe si les peuples avaient eu pour but de discerner, et leur art d'honorer les grandes actions des hommes les plus dignes. Et si, au lieu de vivre comme ils l'ont toujours fait jusqu'ici dans un nuage infernal de discorde et de vengeance, éclairés par des rêves fantastiques de saintetés nuageuses, ils avaient cherché à récompenser et à punir selon la justice, mais surtout à récompenser et au moins à porter témoignage des actions humaines méritant le courroux de Dieu ou sa bénédiction plutôt que de découvrir les secrets du jugement et les béatitudes de l'éternité.»
C'est après cette phrase que vient le morceau sur l'idolâtrie que j'ai cité dans le Post-Scriptum de ma Préface et qui termine ce long développement par ces mots: