La première cathédrale, vous remarquerez, de la nation française; plus exactement le premier germe de cathédrale pour la nation française—qui n'est pas encore là; seul ce tombeau d'un martyr est ici, cette église de Notre-Dame des Martyrs, restant sur le flanc de la colline jusqu'à ce que le pouvoir des Romains disparaisse.

La cité et l'autel tombent avec lui, foulés aux pieds par des tribus sauvages; le tombeau est oublié—quand, à la fin, les Francs du nord couvrant de leur dernier flot ces dunes de la Somme s'est arrêté ici et ici l'étendard franc est planté, et le royaume français fondé.

9. Ici leur première capitale, ici les premiers pas[65] des Francs en France! Réfléchissez à cela. Dans tout le sud il y a des Gaulois, des Burgondes, des Bretons, des nations de cœur plus triste, d'esprit plus morose. Passé leur frontière, leur limite extrême, voici enfin les Francs, source de toute Franchise pour notre Europe. Vous avez entendu le mot en Angleterre, avant ce jour, mais de mot anglais, il n'y en a pas pour signifier cela. L'honnêteté nous l'avons, et elle nous vient de nous-mêmes, mais la Franchise nous devons l'apprendre de ceux-ci; bien plus, toutes nos nations de l'ouest seront dans quelques siècles connues sous le nom de Franks. Franks du Paris qui doit exister, en un temps à venir, mais le Français de Paris est, en l'an de grâce 500, une langue aussi inconnue à Paris qu'à Stratford-att-ye-Bowe. Le Français d'Amiens est la forme royale et le parler de cour du langage chrétien, Paris étant encore dans la boue lutécienne pour devenir un jour un champ de toits peut-être, en temps voulu. Ici près de la Somme qui doucement brille, règnent Clovis et sa Clotilde.

Et auprès du tombeau de saint Firmin parle maintenant un autre doux évangéliste et la première prière du roi franc au roi des rois, il la lui adresse seulement comme au «Dieu de Clotilde».

10. Je suis obligé de faire appel à la patience du lecteur pour une date ou deux et pour quelques faits arides—deux—trois—ou plus.

Clodion, le chef des premiers Francs qui passèrent définitivement le Rhin, fraya son chemin à travers les cohortes irrégulières de Rome, jusqu'à Amiens dont il s'empara en 445[66].

Deux ans après, à sa mort, le trône à peine affermi tombe—peut-être inévitablement—aux mains du tuteur de ses enfants, Mérovée dont la dynastie commence à la défaite d'Attila à Châlons.

Il mourut en 457. Son fils Childéric s'adonnant à l'amour des femmes, et méprisé par les soldats francs, est exilé, les Francs aimant mieux vivre sous la loi de Rome que sous un chef à eux, s'il est indigne. Il reçoit asile à la cour du roi de Thuringe et y séjourne. Son principal officier à Amiens, à son départ, rompt un anneau en deux, et, lui en donnant la moitié, lui dit de revenir lorsqu'il en recevra l'autre moitié. Et, après un grand nombre de jours, la moitié de l'anneau rompu lui est renvoyée; il revient et les Francs l'acceptent pour roi.

La reine de Thuringe le suit (je ne puis trouver si son mari mourut avant—et encore moins, s'il mourut, de quelle mort), et s'offre à lui comme épouse.

«J'ai connu ton utilité, et que tu es très puissant, et je suis venue vivre avec toi. Si j'eusse connu au-delà de la mer quelqu'un de plus utile que toi j'aurais cherché à vivre avec lui.»