Il la prit pour femme et leur fils est Clovis.

11. Une histoire surprenante; jusqu'où est-elle littéralement vraie n'est pour nous d'aucun intérêt; le mythe et sa portée réelle nous découvrent la nature du royaume français et prophétisent sa future destinée. Valeur personnelle, beauté personnelle, fidélité aux rois, amour des femmes, dédain du mariage sans amour, notez que toutes ces choses y étaient tenues pour essentielles, et que dans leur corruption sera la fin du Franc comme dans leur force était sa gloire première.

La valeur personnelle est estimée. L'Utilitas, clef de voûte de tout. La naissance rien, à moins qu'elle n'apporte avec elle la valeur; la loi de primogéniture inconnue; et la décence de la conduite apparemment aussi (mais rappelez-vous que nous sommes tous encore païens).

12. Dégageons en tout cas nos dates et notre géographie du grand «nulle part» de la mémoire confuse, et groupons-les bien avant d'aller plus loin.

457. Mérovée meurt. L'utile Childéric, en comptant son exil et son règne à Amiens, est roi en tout vingt-quatre ans, de 457 à 481, et pendant son règne Odoacre met fin à l'empire romain en Italie (476).

481. Clovis n'a que quinze ans quand il succède à son père, comme roi des Francs à Amiens. À ce moment un débris de la puissance romaine persiste isolé dans la France centrale, pendant que quatre nations fortes et en partie sauvages forment une croix autour de ce centre mourant; les Francs au nord, les Bretons à l'ouest, les Burgondes à l'est, les Wisigoths, les plus puissants de tous et les plus affinés, de la Loire à la mer.

Tracez vous-même d'abord une carte de France de la dimension qui vous conviendra comme dans la planche I[67] (fig. 1), en indiquant seulement le court des cinq fleuves, Somme, Seine, Loire, Saône et Rhône; puis, sommairement, vous voyez qu'elle était divisée à cette époque comme cela est indiqué sur la figure 2: la partie fleur-de-lysée figurant les Francs, le signe[68] les Bretons,[69] les Burgondes,[70] les Wisigoths. Je ne sais pas exactement jusqu'où ceux-ci entrés en Provence par le Rhône y pénétrèrent; mais je crois que le mieux est d'indiquer la Provence comme semée de roses.

13. Maintenant sous Clovis les Francs livrèrent trois grandes batailles. La première contre les Romains, près de Soissons, qu'ils gagnent, et ils deviennent maîtres de la France jusqu'à la Loire. Copiez la carte rudimentaire (fig. 2) et mettez la fleur de lis sur tout le milieu, couvrant les Romains (fig. 3). Cette bataille fut gagnée par Clovis, je crois, avant qu'il n'épousât Clotilde. Il gagne par elle sa princesse; cependant, ne peut pas obtenir son joli vase pour lui en faire présent. Retenez bien cette histoire, ainsi que la bataille de Soissons, comme donnant le centre de la France aux Français et mettant fin ici pour toujours à la domination romaine. Deuxièmement, après qu'il a épousé Clotilde, les farouches Germains venus du nord l'attaquent, lui, et il a à défendre sa vie et son trône à Tolbiac. Ceci est la bataille dans laquelle il invoque le Dieu de Clotilde et est délivré des Germains grâce à son appui. Sur quoi il est couronné à Reims par saint Rémi. Et maintenant dans la puissance nouvelle de son christianisme, de sa double victoire sur Rome et la Germanie, et son amour pour sa reine, et son ambition pour son peuple, il regarde souvent vers ce vaste royaume des Wisigoths situé entre la Loire et les montagnes neigeuses. Est-ce que le Christ et les Francs ne seront pas plus forts que de vilains Wisigoths, «qui sont encore en plus Ariens»? Tous les Francs partagent avec lui cette opinion. Alors il marche contre les Wisigoths, les rencontre eux et leur Alaric à Poitiers, achève leur Alaric et leur arianisme et emmène ses fidèles Francs vers le Pic du Midi.

14. Et maintenant il vous faut dessiner de nouveau la carte de France et mettre la fleur de lis sur toute sa masse centrale, de Calais aux Pyrénées. Seules restent encore en dehors la Bretagne à l'ouest, la Burgondie à l'est et la rose blanche de Provence au-delà du Rhône. Et maintenant le pauvre petit Amiens est devenu une simple ville frontière comme notre Durham, et la Somme un cours d'eau frontière comme notre Tyne. La Loire et la Seine sont maintenant les deux grands fleuves français, et les hommes auront l'idée de bâtir des villes sur leur cours, tandis que les plaines, bien arrosées, donnant non de la tourbe, mais de riches pâturages, pourront se reposer sous la protection des châteaux mutins des rochers et des tours fortifiées des îles. Mais examinons d'un peu plus près ce que le changement des signes sur notre carte peut signifier: cinq fleurs de lis au lieu des barres horizontales.

Ils ne signifient certainement pas que tous les Goths sont partis, et qu'il n'y a plus personne en France que les Francs? Les Francs n'ont pas massacré les hommes, femmes, et enfants Wisigoths, de la Loire à la Garonne. Bien plus, là où leur propre trône est encore assis près de la Somme, le peuple né sur la tourbe qu'ils ont trouvé là y vit encore, quoique assujetti. Francs, Goths, ou Romains peuvent flotter çà et là par troupes, envahisseurs ou fuyards; mais immuable à travers toutes les tourmentes de la guerre, le peuple rural dont ils pillent les cabanes, dont ils ravagent les fermes, et sur les arts duquel ils règnent, doit encore diligemment et silencieusement, et sans avoir le temps de se plaindre, labourer, semer, nourrir les troupeaux.