52. Je ne suis pas contempteur de la littérature profane, si peu que je ne crois pas qu'aucune interprétation de la religion grecque ait été jamais aussi affectueuse, aucune de la religion romaine aussi révérente, que celle qui se trouve à la base de mon enseignement de l'art et qui court à travers le corps entier de mes œuvres. Mais ce fut de la Bible que j'appris les symboles d'Homère et la foi d'Horace[159].
Le devoir qui me fut imposé dans ma première jeunesse[160] de lire chaque mot des évangiles et des prophéties, comme s'il avait été écrit par la main de Dieu, me donna l'habitude d'une attention respectueuse qui, plus tard, rendit bien des passages des auteurs profanes, frivoles pour un lecteur irréligieux, profondément graves pour moi. Jusqu'à quel point mon esprit a été paralysé par les fautes et les chagrins de la vie[161],—jusqu'où ma connaissance de la vie est courte, comparée à ce que j'aurais pu apprendre si j'avais marché plus fidèlement dans la lumière qui m'avait été départie, dépasse ma conjecture ou ma confession. Mais comme je n'ai jamais écrit pour mon propre plaisir ou pour ma renommée, j'ai été préservé, comme les hommes qui écrivent ainsi le seront toujours, des erreurs dangereuses pour les autres[162], et les expressions fragmentaires de sentiments ou les expositions de doctrines, que de temps en temps, j'ai été capable de donner, apparaîtront maintenant à un lecteur attentif, comme se reliant à un système général d'interprétation de la littérature sacrée, à la fois classique et chrétienne, qui le rendra capable, sans injustice, de sympathiser avec la foi des âmes candides de tous temps et de tous pays.
53. Qu'il y ait une littérature sacrée classique, suivant un cours parallèle à celle des Hébreux et venant s'unir aux légendes symboliques de la chrétienté au moyen âge[163], c'est un fait qui apparaît de la manière la plus tendre et la plus expressive dans l'influence indépendante et cependant similaire de Virgile sur le Dante et l'évêque Gawaine Douglas. À des dates plus anciennes, l'enseignement de chaque maître formé dans les écoles de l'Orient était nécessairement greffé sur la sagesse de la mythologie grecque, et ainsi l'histoire du Lion de Némée[164], vaincu avec l'aide d'Athéné, est la véritable racine de la légende du compagnon de saint Jérôme conquis par la douceur guérissante de l'esprit de vie.
54. Je l'appelle une légende seulement. Qu'Héraklès ait jamais tué, ou saint Jérôme jamais chéri la créature sauvage ou blessée, est sans importance pour nous enseigner ce que les Grecs entendaient nous dire en représentant le grand combat sur leurs vases[165], où les peintres chrétiens faisant leur thème de prédilection de la fermeté de l'Ami du Lion. Une tradition plus ancienne, celle du combat de Samson[166],—le prophète désobéissant,—de la première victoire inspirée de David[167], et finalement du miracle opéré pour la défense du plus favorisé et fidèle des grands prophètes[168], suit son cours symbolique parallèlement à la fable dorienne. Mais la légende de saint Jérôme reprend la prophétie du Millenium et prédit, avec la Sibylle de Cumes[169], et avec Isaïe, un jour où la crainte de l'homme ne sera plus chez les êtres inférieurs de la haine mais s'étendra sur eux comme une bénédiction, où il ne sera plus fait de mal ni de destruction d'aucune sorte dans toute l'étendue de la Montagne sainte[170] et où la paix de la terre sera tirée aussi loin de son présent chagrin, que le glorieux univers animé l'est du désert naissant, dont les profondeurs étaient le séjour des dragons, et les montagnes, des dômes de feu. Ce jour-là aucun homme ne le connaît[171], mais le royaume de Dieu est déjà venu[172] pour ceux qui ont dompté dans leur propre cœur l'ardeur sans frein de la nature inférieure[173] et ont appris à chérir ce qui est charmant et humain dans les enfants errants des nuages et des champs.
Avallon, 28 août 1882.
[113]«On vous a appris que, puisque vous aviez des tapis..., des «kickshaws» au lieu de bœuf pour votre nourriture, des égouts au lieu de puits sacrés pour votre soif, vous étiez la crème de la création et chacun de vous un Salomon» (Pleasures of England, p. 49, cité par M. Bardoux, p. 237).
[114]En prenant la San, bras de la Vistule supérieure.—(Note de l'Auteur.)
[115]Remarquez, toutefois, que généralement, la force d'une rivière, ceteris paribus, doit être estimée d'après son cours direct, les plaines (qui donnent presque toujours naissance aux méandres) ne pouvant leur apporter aucun affluent. (Note de l'Auteur.)