[194]I Rois, 22, 17, dont on peut rapprocher, mais en moins complète ressemblance avec le texte de Ruskin, Nombres, XXVII, 17. Le texte des Rois est reproduit dans saint Mathieu, IX, 36. (Note du traducteur.)
[195]Exode, XXVII, 6. (Note du traducteur.)
[196]Actes, XVII, 23. (Note du traducteur.)
[197]Comparez Lectures on Art, § 39: «Vexilla regis prodeunt.» Oui, mais de quel roi? Il y a deux oriflammes; laquelle planterons-nous sur les plus lointaines îles,—celle qui flotte dans les flammes du ciel, ou celle qui pend en son vil tissu d'or terrestre?» (Note du traducteur.)
[198]Allusion probable à I Psaumes, 89, 15, et peut-être aussi à Isaïe, XVI, 5. (Note du traducteur.)
[199]Je voudrais qu'on instituât, pour la jeunesse anglaise d'une certaine classe, un véritable ordre de chevalerie dans lequel jeunes gens et jeunes filles à un âge donné seraient admis, à bon escient, au rang de chevalier et de dame; rang accessible seulement après un examen décisif, une épreuve qui porterait à la fois sur le caractère et sur le talent: et d'où l'on serait déchu si l'on était convaincu, par ses pairs, d'une action déshonorante. Une telle institution serait parfaitement possible, et avec elle tous les nobles résultats qu'elle comporte, chez une nation qui aimerait l'honneur. Le fait qu'elle ne soit pas possible chez nous, ne peut en rien discréditer ce projet. (Note de l'auteur.)
[200]Au cours de Sésame et les Lys (et nous ne pouvions pas le noter chaque fois) nous voyons ainsi Ruskin faire souvent semblant d'accorder quelque chose au mal, de concéder aux faiblesses humaines. Loin de mépriser les sensations, il trouvera que plutôt nous n'en avons pas assez (§ 27), que les formes de la joie sont plus importantes encore que celles du devoir (§ 36). À la page précédente, il exaltait la soif du pouvoir. Et tout à l'heure il va dire que jamais une femme ne souhaitera assez être grande dame et n'aura jamais d'assez nombreux vassaux. Mais dès qu'il s'explique, la concession se trouve retirée: il fallait seulement s'entendre sur le sens des mots. Du moment que «les passions» signifient l'amour de la vérité, et l'«ambition mondaine» la charité, le plus sévère médecin de notre âme, peut nous en permettre l'usage. En réalité, ce qui est défendu par une morale reste défendu par toutes les autres, parce que ce qui est défendu c'est ce qui est nuisible et qu'il ne dépend pas du médecin de l'âme d'en changer la constitution. Les apparences seules sont renouvelées et le régime tout au plus «aromatisé» au parfum des choses défendues. Une morale du plaisir est au fond une morale de devoir. Le nom seul nous est concédé. (Je ne parle ici qu'à propos de Ruskin, bien entendu, et ne prétends pas méconnaître la profonde diversité des morales, malgré l'identité des régimes qu'elles nous prescrivent, et ce qu'elles gardent chacune de diffèrent et qu'elles tiennent de leur origine, utilitaire, mystique, etc,). Mais ou peut se demander si la meilleure manière d'habituer un malade à prendre du lait est d'y mêler une goutte de cognac, et n'est pas plutôt de lui apprendre tout de suite à aimer le goût même du lait. Ici cette conception «flatteuse pour l'amour-propre» du devoir social manque en réalité son but. Quand une femme désire être lady, elle ne se soucie pas de l'étymologie du mot, mais des privilèges mondains qui y sont attachés. Et si elle était une «lady» dans le sens que dit Ruskin, c'est-à-dire si elle souhaitait seulement être femme de bien, elle ne souhaiterait pas (ou, en elle, ce ne serait pas la même personne qui le souhaiterait) être appelée «lady».—(Je ne parle pas de celles qui, de tous temps, ont été «ladies». Chez celles-là, la volonté d'être appelées «lady» correspond à quelque chose d'absolument naturel et légitime, et aussi étranger au snobisme que la volonté d'un général d'être appelé mon général). Lui donner ce petit appât du titre de lady pour l'aider à faire le bien, c'est cultiver son amour-propre pour accroître sa charité, c'est-à-dire quelque chose de contradictoire, comme nous avons déjà vu Ruskin nous autoriser à être ambitieux pourvu que nous soyons d'abord philosophes. Une philosophie ou une charité à qui le snobisme sert de seuil ou de terme, voilà une philosophie et une charité qui ne se conçoivent pas bien clairement. Sans doute je force ici, et bien grossièrement, la pensée de Ruskin. Et sans doute le mot «lady» n'a pas ici son sens strict. Mais enfin malgré tout il en garde quelque chose (il est un peu un de ces mots «masqués» contre lesquels Ruskin nous met en garde et ne se met pas assez en garde lui-même) et introduit dans la pensée du lecteur ces gracieuses confusions ou se plaisent aussi certains écrivains français quand ils mêlent,—en parlant comme de choses analogues—la «noblesse» du talent, «la noblesse» de la «naissance» et du caractère. La noblesse de la naissance, cela veut dire être duc, etc. Et sans doute dans l'ordre des grandeurs de la chair et comme facteur social, et pour tous les sentiments que cela met en jeu... chez les autres, cela est important. Mais c'est un pur calembour de rapprocher cela de la «noblesse» au sens spirituel; il est fort utile de se rendre compte du sens des mots, de ne pas tout mêler et, de tant d'idées confondues, de ne pas faire sortir une prétendue aristocratie de l'intelligence qui emprunte à l'aristocratie de naissance son système de filiation par le sang, non par l'esprit, pour l'appliquer à la noblesse de l'esprit et finalement fait un «noble» (dans tous les sens du mot qui en réalité alors n'en a plus alors aucun) du neveu de Michelet. (Inutile de dire que j'ignore s'il existe un neveu de Michelet et que j'ai pris ce grand nom au hasard.) (Note du traducteur.)
[201]«Breadgiver» ou «Loaf giver». Bread est le pain. Loaf c'est un pain, une miche, c'est-à-dire le pain avec la forme que lui à donnée le boulanger. (Note du traducteur.)
[202]Saint Luc, XXIV, 30-35. Comparez une autre application du même texte dans Lectures on Art: «Et l'art chrétien ne sera de nouveau possible que quand il... se fera reconnaître, comme fit son Maître, en rompant le pain» (Lectures ou Art, IV, 16). Il est vrai que l'Index de «Lectures on Art» donne comme référence à ce passage: Actes, II, 42. Mais en se reportant à l'un et l'autre texte, le lecteur verra que la référence au texte de saint Luc, pour être moins littérale, est plus exacte en esprit. (Note du traducteur.)
[203]Rapprochez la Bible d'Amiens sur David: «Roi et Prophète, symbole de toute Royauté divinement bienfaisante (Divinely right doing)» (Bible d'Amiens, IV, 32), et la Couronne d'Olivier sauvage: «Lui (le roi) dont la royauté signifie seulement que sa fonction est d'être envers chacun bienfaisant (right doing) » (III, la Guerre). (Note du traducteur.)