Une vieille, habillée de guingon, la sœur Puté, disait à sa petite fille, une gamine de six ans, agenouillée près d’elle:

—Sois attentive, écoute bien, damnée! tu vas entendre un sermon comme celui du Vendredi-Saint!

Et elle la gratifia d’un léger pinçon pour réveiller la piété de la fillette; celle-ci fit la moue, allongea le museau et fronça les sourcils.

Quelques hommes accroupis dormaient près des confessionnaux; un vieillard à tête blanche enseignait à une vieille, qui mâchait des prières et faisait rapidement courir les doigts sur les grains de son chapelet, quelle était la meilleure manière de se soumettre aux desseins du ciel et, peu à peu, il se mettait à faire comme elle.

Ibarra était dans un coin; Maria Clara s’agenouillait près du grand autel à une place que le curé avait eu la galanterie de faire réserver par les sacristains. Capitan Tiago, en frac, avait pris rang au banc des autorités; aussi les enfants, qui ne le connaissaient pas, le prenaient pour un autre gobernadorcillo et n’osaient l’approcher.

Enfin, le señor Alcalde arriva avec son État-Major; il venait de la sacristie et s’assit dans un des magnifiques fauteuils placés sur un tapis. L’Alcalde portait un costume de grand gala, sur lequel reluisait le cordon de Charles III accompagné de quatre ou cinq autres décorations.

Le peuple ne le reconnut pas.

—Tiens! s’écria un paysan, un civil habillé en comédien.

—Imbécile! lui répondit son voisin, en lui donnant un coup de coude, c’est le prince Villardo que nous avons vu hier soir au théâtre.

Aux yeux du peuple, l’Alcalde montait en grade; il en arrivait à être prince enchanté, vainqueur de géants.