—Ne mettez pas ma patience à l’épreuve! dit-il, et il poursuivit son chemin. José le suivit des yeux avec un sourire plein de haine.
—On voit bien que c’est le petit-fils de celui qui exposait mon père au soleil! murmura-t-il entre ses dents; il est du même sang!
Et changeant de ton, il ajouta:
—Mais, si tu payes bien... amis!
XLII
Les époux de Espadaña
La fête est terminée; les habitants du pueblo s’aperçoivent maintenant, comme tous les ans, que leur bourse est vide, qu’il ont travaillé, sué et veillé beaucoup sans s’amuser guère, sans s’être même acquis de nouveaux amis, en un mot, qu’ils ont acheté très cher du bruit et des maux de tête. Mais, qu’importe! l’année prochaine on recommencera, le siècle prochain il en sera encore de même, car, jusqu’à présent on l’a fait et il n’y a rien qui puisse faire renoncer à une habitude, même coûteuse et nuisible.
Chez Capitan Tiago, la maison est triste. Toutes les fenêtres sont fermées, à peine si l’on ose faire quelque bruit et c’est à la cuisine seulement que l’on se risque à parler à voix haute. Maria Clara, l’âme de la maison, est clouée au lit; l’état de sa santé se lit sur tous les visages comme se lisent dans nos gestes les chagrins de notre âme.
—Qu’en dis-tu, Isabel? dois-je faire un don à la croix de Tunasan ou à celle de Matahong? demande à voix basse le père tout troublé. La croix de Tunasan grandit, mais celle de Matahong sue; quelle est selon toi la plus miraculeuse?