La tante Isabel réfléchit, hoche la tête et murmure:

—Grandir... grandir est plus miraculeux que suer; tous nous suons, mais nous ne grandissons pas tous.

—C’est vrai, oui, Isabel, mais songe bien que suer... pour du bois semblable à celui des pieds de banc, ce n’est pas un petit miracle... Allons, le mieux sera de faire un don aux deux croix, comme cela aucune ne sera fâchée et Maria Clara guérira plus vite...

—Les appartements sont prêts? Tu sais qu’avec le docteur vient un jeune homme nouvellement arrivé, parent par alliance du P. Dámaso; il faut que rien ne manque.

A l’autre bout de la salle à manger sont les deux cousines, Sinang et Victoria, qui viennent de tenir compagnie à la malade. Andeng les aide à nettoyer un service d’argent pour prendre le thé.

—Connaissez-vous le docteur Españada? demanda avec intérêt à Victoria la sœur de lait de Maria Clara.

—Non! tout ce que j’en sais, c’est qu’il coûte très cher, d’après Capitan Tiago.

—Alors il doit être très bon! dit Andeng; celui qui a percé le ventre de Da. Maria a pris très cher, aussi était-il très savant.

—Sotte! s’écria Sinang; celui qui prend cher n’est pas savant pour cela. Regarde le docteur Guevara; il n’a pas su aider à l’accouchement, il a coupé la tête de l’enfant et cependant a pris cinquante pesos au veuf... tout ce qu’il savait c’était toucher!

—Qu’en sais-tu? lui demanda sa cousine en lui poussant le coude.