—Il fait froid! dit l’un, en tagal, avec un accent visaya[1], pas de sacristain à prendre, pas de quoi regarnir le poulailler de l’alférez... C’est ennuyeux, la mort de l’autre les a effrayés.

—Oui, c’est ennuyeux, lui répondit son compagnon; personne ne vole, personne ne fait de bruit; mais, grâce à Dieu! le bruit court que le fameux Elias est dans le pueblo. L’alférez a dit que celui qui le prendrait ne serait pas battu pendant trois mois.

—Ah! Connais-tu son signalement de mémoire? demanda le visaya.

—Je crois! taille, grande selon l’alférez, ordinaire selon le P. Dámaso; teint brun; yeux, noirs; nez, régulier; bouche, régulière; barbe, aucune; cheveux, noirs...

—Ah, ah! et signes particuliers?

—Chemise noire, pantalon noir, bûcheron...

—Ah! il ne s’échappera pas; il me semble déjà le voir.

—Ne le confonds pas avec un autre qui lui ressemblerait.

Et les deux soldats poursuivirent leur ronde.

A la lumière des lanternes nous voyons s’avancer deux ombres, l’une suivant l’autre en se dissimulant de son mieux. Un énergique: Qui vive? les arrêta toutes deux. D’une voix tremblante, la première répondit: Espagne!