Le lendemain quand, le ciel débarrassé des nuages obscurs, le soleil brilla de nouveau au milieu de l’éther purifié, une voiture s’arrêta à la porte du couvent de Santa Clara, un homme en descendit qui excipa de sa qualité de représentant de l’Autorité et demanda à parler immédiatement à l’abbesse et à voir toutes les religieuses.

On raconte qu’il en parut une portant un habit tout mouillé, en lambeaux, qui demanda en pleurant la protection de cet homme contre les violences de l’hypocrisie et qui dénonça des horreurs. On raconte aussi qu’elle était très belle et avait les yeux les plus beaux et les plus expressifs qui se puissent voir.

Le représentant de l’Autorité n’accueillit pas cette plainte; il parlementa avec l’abbesse et, malgré ses larmes et ses prières, abandonna la malheureuse. La jeune religieuse vit se fermer la porte derrière lui, comme le damné doit voir se fermer les portes du ciel, si toutefois le ciel est aussi injuste et aussi cruel que les hommes. L’abbesse avait déclaré que la pauvre fille était folle.

L’homme ne savait-il pas qu’à Manille est un’hospice pour les déments? ou bien encore jugeait-il que le couvent de religieuses n’était par lui-même qu’un asile de folles? Encore que l’on prétende qu’il était suffisamment ignorant pour ne pas reconnaître quoi que ce soit, surtout s’il s’agissait de décider qu’une personne était ou n’était pas en possession de sa raison.

On raconte encore que, lorsque le fait lui fut connu, le général Sr. J.[5], en eut une opinion différente. Il voulut protéger cette folle et demanda à la voir.

Mais cette fois, aucune jeune fille belle et désespérée n’apparut et l’abbesse, invoquant le nom de la Religion et les Saints Statuts, ne permit pas que l’on visitât le cloître.

On ne parla plus jamais ni de cet incident ni de la malheureuse Maria Clara.

FIN


[1] Fumoir public d’opium.—N. des T.