Idylle sur une terrasse
שיר חשירים[1]
Ce matin-là, tante Isabel et Maria Clara avaient été à la messe de bonne heure, la jeune fille élégamment vêtue, portant au bras un chapelet à gros grains bleus qui lui servait à demi de bracelet, la respectable dame munie d’un binocle pour lire son «Ancre de Salut» pendant le saint sacrifice.
A peine le prêtre était-il descendu de l’autel que la jeune fille voulut se retirer, ce qui causa à la bonne tante autant de surprise que de déplaisir, car elle croyait à sa nièce la plus grande piété et la supposait au moins aussi amie de la prière qu’une religieuse. Tout en se signant, tout en grommelant, elle se leva.
«Bah! croyez-moi, tante Isabel, le Bon Dieu qui connaît mieux que vous le cœur des jeunes filles me pardonnera bien,» lui avait dit Maria Clara pour couper court à ses sermons sévères mais toujours maternels.
Maintenant leur déjeuner est terminé; la jeune fille trompe son impatience en tissant une bourse de soie, pendant que la tante s’efforce de faire disparaître avec son plumeau les traces de la fête. Capitan Tiago examine quelques papiers.
Qu’un bruit quelconque monte de la rue, qu’une voiture passe, et Maria Clara frémit et son sein se soulève! Comme elle regrette son tranquille couvent, ses camarades aimées! Là, elle pouvait le voir sans trembler, sans se troubler. N’était-ce pas son ami d’enfance, le compagnon de ses premiers jeux; tout, jusqu’au souvenir de leurs passagères et puériles querelles, revenait à sa mémoire et charmait sa pensée. Je n’insiste pas; si tu as aimé, lecteur, tu comprendras; sinon, à quoi bon des explications? le profane n’entend rien à ces mystères.
—Je crois, Maria, que le médecin a raison, dit Capitan Tiago, tu as besoin d’aller à la campagne, tu es pâle, il te faut le grand air. Que préfères-tu, Malabon... ou San Diego?
A ce dernier nom, la jeune fille devint rouge comme un coquelicot. Elle ne put répondre.
—Et maintenant, il te faut aller au couvent prendre tes affaires et dire au revoir à tes amies. Isabel t’accompagnera.