Sisa ferma la porte de la hutte et couvrit avec de la cendre la braise qui restait encore pour conserver un peu de feu. L’homme fait de même avec les sentiments de l’âme, il les couvre de cette cendre de la vie qui s’appelle l’indifférence, pour que ne les étouffent pas les rapports quotidiens avec ses semblables.

Basilio murmura ses oraisons et se coucha près de sa mère qui priait agenouillée.

Il avait froid, il avait chaud; il chercha à fermer les yeux en pensant à son petit frère qui espérait dormir cette nuit dans le sein de sa mère et, maintenant, tremblait de peur dans un coin obscur du couvent.

Ses oreilles lui répétaient les cris du pauvre petit tels qu’il les avait entendus dans la tour, mais la nature confondit bientôt ses idées et le génie du sommeil descendit sur ses yeux.

Il vit une sorte d’alcôve où brûlaient deux cierges. Le curé, un jonc à la main, l’air sombre, écoutait le sacristain principal qui lui parlait dans une langue étrangère avec des gestes horribles. Crispin tremblait et tournait de tous côtés des yeux pleins de larmes, comme s’il cherchait quelqu’un pour le protéger ou un endroit pour se cacher. Le curé se retournait vers lui et l’interpellait irrité, le jonc sifflait. L’enfant courait se cacher derrière le sacristain, mais celui-ci le prenait et l’exposait à la fureur du curé; le malheureux frappait des poings, des pieds, criait, s’attachait au sol, se roulait, se levait, fuyait, glissait, tombait et parait les coups avec ses mains que, blessées, il cachait vivement en hurlant. Basilio le vit se tordre, frapper le sol de la tête: il vit, il entendit siffler le jonc! Désespéré, son jeune frère se levait; fou de douleur, il se ruait sur ses bourreaux et mordait le curé à la main.

Celui-ci poussait un cri, laissait tomber le terrible jonc; le sacristain principal prenait un bâton, en frappait un coup sur la tête de l’enfant qui tombait assommé; le curé, le voyant blessé, lui donnait un coup de pied, mais le pauvre petit ne se défendait plus, il ne criait plus; roulé sur le sol comme une masse inerte, il laissait une trace humide[2]...

La voix de Sisa le rappela à la réalité.

—Qu’as-tu? pourquoi pleures-tu?

—Je rêve... Mon Dieu! s’écria Basilio couvert de sueur en se blottissant près de sa mère. C’était un rêve; dis-moi, maman, n’est-ce pas que ce n’était qu’un rêve et rien de plus!

—Qu’as-tu rêvé?