Il partit de Carhaix sans avertir personne, ni ses parents, ni ses amis, ni même Kaherdin, son cher compagnon. Il partit misérablement vêtu, à pied: car nul ne prend garde aux pauvres truands qui cheminent sur les grandes routes. Il marcha tant qu’il atteignit le rivage de la mer.

Au port, une grande nef marchande appareillait: déjà les mariniers halaient la voile et levaient l’ancre pour cingler vers la haute mer.

«Dieu vous garde, seigneurs, et puissiez-vous naviguer heureusement! Vers quelle terre irez-vous?

—Vers Tintagel.

—Vers Tintagel! Ah! seigneurs, emmenez-moi!»

Il s’embarque. Un vent propice gonfle la voile, la nef court sur les vagues. Cinq nuits et cinq jours elle vogua droit vers la Cornouailles, et le sixième jour jeta l’ancre dans le port de Tintagel.

Au delà du port, le château se dressait sur la mer, bien clos de toutes parts: on n’y pouvait entrer que par une seule porte de fer, et deux prud’hommes la gardaient jour et nuit. Comment y pénétrer?

Tristan descendit de la nef et s’assit sur le rivage. Il apprit d’un homme qui passait que Marc était au château et qu’il venait d’y tenir une grande cour.

«Mais où est la reine? et Brangien, sa belle servante?

—Elles sont aussi à Tintagel, et récemment je les ai vues: la reine Iseut semblait triste, comme à son ordinaire.»