La promotion de Lemonnier laissait vacante une place d'adjoint: d'Alembert la demanda. L'Académie nomma l'abbé de Gua. Vaincu une troisième fois par l'astronome Lacaille, le jeune candidat fut enfin nommé, le 17 mars 1742, adjoint pour la section d'astronomie. Il était âgé de vingt-quatre ans.
L'extrême jeunesse des candidats proposés au choix du roi pourrait surprendre. Lemonnier, préféré à d'Alembert lors de sa première candidature, était entré à l'Académie à l'âge de vingt et un ans, Clairaut à dix-huit ans; Lacaille, âgé de vingt-huit ans, était un candidat déjà mûr.
Les savants pour lesquels aujourd'hui les portes de l'Académie s'ouvrent avant leur trentième année sont fort rares. L'avantage accordé à nos anciens ne révèle ni des génies plus précoces, ni des efforts plus heureux, ni des luttes moins difficiles. Les jeunes savants, admis autrefois comme adjoints ou même comme associés de l'Académie, ne porteraient pas aujourd'hui le nom de membres. Ils avaient le droit d'assister aux séances et d'y demander la parole: rien de plus; ils ne votaient pas dans les élections. Les pensionnaires, seuls pensionnés comme l'indique leur nom, se partageaient les jetons de présence. L'étude des procès-verbaux suffirait pour fournir une de ces preuves dont l'histoire souvent doit se contenter. En relevant pour plusieurs années le nombre des signatures, j'ai trouvé, pour toutes, les pensionnaires plus exacts que leurs jeunes confrères. La conséquence est évidente; la probabilité ne peut se calculer, mais la vraisemblance n'est pas contestable.
En réalité, les adjoints louchaient les jetons de présence, qui étaient de deux francs, dans un cas seulement, celui de l'enterrement d'un confrère.
D'Alembert fut promu en 1746 au rang d'associé géomètre. On lit sur les registres, à la date du 26 février 1746:
«MM. d'Alembert et Bélidor obtiennent la majorité des voix pour la place d'associé géomètre vacante par la promotion de Lemonnier à celle de pensionnaire astronome.»
Deux pages plus loin:
«Le roy a choisi M. d'Alembert pour la place d'associé géomètre.»
D'Alembert, par une faveur spéciale et fort rare, avait obtenu en 1745, étant encore adjoint, une pension de 500 livres sur les fonds de l'Académie.
Le 7 avril 1756, d'Alembert figure encore parmi les associés. Le 10 avril 1756, sans qu'aucune mention soit faite d'une nomination, il est inscrit au nombre des pensionnaires.