«Nous avons examiné par ordre de l’Académie la manière que M. Besson lui a proposée pour relever un vaisseau submergé en lui attachant de tous côtés des tonneaux vides, ce qui, suivant la manière dont l’auteur l’emploie, nous a paru impraticable.»
Réaumur chargé d’examiner un taille-plumes mécanique le décrit minutieusement et ajoute: «Il pourra être un outil commode à la plupart des gens qui écrivent peu.» Le succès d’une autre invention lui paraît plus utile qu’assuré et là se borne son approbation.
On lit ailleurs au procès-verbal: «M. Lemonnier a parlé ainsi sur le mémoire de M. Desaussedats: L’auteur n’entend pas l’état de la question.»
Quelquefois plus sévère encore, le rapporteur engage l’Académie à refuser les communications nouvelles du même auteur. «Nous avons lu par ordre de l’Académie, dit une fois le chimiste Hellot, la lettre de M..... Je crois qu’on fera bien de lui répondre qu’il est inutile qu’il écrive davantage à l’Académie ou à quelques académiciens; on ne doit pas établir de correspondance avec un homme sans lettres, sans principes et qui d’ailleurs est très-importun.»
Certaines questions, telles que la quadrature du cercle, après avoir été faussement résolues un trop grand nombre de fois, furent elles-mêmes rejetées du cercle des travaux académiques, en même temps que la recherche reconnue impossible du mouvement perpétuel. Ce problème de la quadrature du cercle se trouve placé en quelque sorte au seuil de la science comme un appât pour les débutants incapables de comprendre dans quel sens on le tient pour si difficile. D’après un bruit populaire qui n’est pas absolument oublié aujourd’hui, les gouvernements auraient promis pour sa solution des récompenses considérables, et un effort heureux après quelques mois d’étude aurait pu, suivant cette fausse opinion, procurer à la fois la gloire et la fortune. Un des inventeurs osa même assigner d’Alembert devant le Parlement, comme le frustrant, par son refus d’examiner sa solution, de la récompense de 150,000 livres, qu’il croyait obstinément promise et qu’il prétendait mériter.
L’Académie, sans être jamais négligente, se montrait souvent sévère et impatiente et non sans raison quelquefois. La plupart des inventions qu’on lui propose dans les premières années sont indignes d’un jugement sérieux et au-dessous de toute critique; c’est elle-même qui le déclare officiellement, en quelque sorte, dans la préface du premier volume du Recueil des savants étrangers publié en 1750.
«Dès les premiers temps de l’institution de l’Académie, dit le secrétaire Grandjean Fouchy, plusieurs savants tant étrangers que régnicoles s’empressèrent de prendre part à ses travaux en lui adressant des mémoires et des dissertations sur différents sujets. Nous ne pouvons dissimuler que, surtout dans les commencements, l’Académie n’ait eu plus souvent à louer la bonne volonté des auteurs d’un grand nombre de ces pièces que l’excellence de leurs ouvrages.»
Le nombre des mémoires présentés s’augmentait cependant tous les jours, et l’Académie a plus d’une fois l’occasion d’accorder judicieusement à des idées ingénieuses et utiles un précieux témoignage d’exactitude et de nouveauté; mais plus d’une fois aussi, il faut le dire, elle décourage par sa prudence et son incrédulité les inventeurs qu’il aurait fallu diriger ou mettre en lumière.
«Ceux qui se mêlent de donner des préceptes et des conseils, dit Descartes, se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels il les donnent, et s’ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables.» L’Académie le fut plus d’une fois.