L’observation très-exacte d’une éclipse lui valut le titre de correspondant de l’Académie des sciences de Paris. Nommé peu de temps après bibliothécaire de Sainte-Geneviève, il obtint en même temps le titre d’associé libre de l’Académie, le seul que d’après les règlements pût alors obtenir un religieux régulier. Observateur exact et calculateur infatigable, Pingré accepta, pour servir la science, les missions les plus pénibles, et son nom est souvent cité dans l’histoire des expéditions de l’Académie.

Dans cette rapide énumération des académiciens astronomes, il serait injuste d’omettre le nom de Messier. Messier ne fut jamais fort savant dans la connaissance des théories astronomiques. Élève de Delisle, qui l’avait pris chez lui et en quelque sorte adopté, il faisait près de lui non-seulement avec zèle, mais avec passion, les observations pour lesquelles il n’était pas besoin d’une grande étude. Ses yeux de lynx, épiant chaque nuit la voûte céleste, n’y laissaient rien passer inaperçu. Il observa dix-sept comètes sur lesquelles treize découvertes par lui, furent cependant toujours calculées par d’autres. L’utilité et l’exactitude de ces travaux faciles et subalternes méritèrent à leur auteur une célébrité européenne, et l’Académie, après l’avoir longtemps écarté comme constamment étranger aux théories et aux méthodes mathématiques, fut entraînée enfin par l’opinion des astronomes à lui conférer le titre d’adjoint.

La révolution trouva Messier à son observatoire de l’hôtel de Cluny et ne l’y dérangea pas. Privé de ses modestes appointements, il supporta stoïquement la misère. Delambre l’a vu plus d’une fois venir chercher de l’huile chez Lalande pour ses observations de la nuit. Au plus fort de la Terreur il découvrit une comète. Les astronomes dispersés ne pouvaient lui en calculer l’orbite; il songea au président de Saron qui, condamné déjà par le tribunal révolutionnaire, reçut les observations de Messier et employa les dernières heures de sa vie à en déduire les éléments de l’orbite.

Passionné pour les calculs numériques, Bochard de Saron, depuis longtemps, se chargeait avec joie des plus difficiles et rendait de véritables services aux astronomes. Riche et généreux, il n’épargnait aucune dépense pour se procurer les meilleurs instruments et les meilleurs chronomètres. C’est lui qui fit imprimer à ses frais, en 1784, le premier ouvrage de Laplace, fragment important déjà de la Mécanique céleste, dont il avait deviné la haute portée.

De Saron, pendant la Terreur, vécut dans une grande retraite, en ne cherchant qu’à se faire oublier. Mais il avait signé une protestation contre la dissolution du parlement; ce fut le crime qui le conduisit à l’échafaud.

Dionis du Séjour, magistrat comme Saron, montra comme lui, et avec de plus hautes aspirations scientifiques, un dévouement sincère et constant aux études astronomiques. Membre très-actif et très-influent du Parlement, il sut, sans négliger aucun devoir, jouer en même temps dans la science un rôle sérieux et important. Abordant dans toute leur complication les problèmes les plus difficiles de l’astronomie physique, il s’avançait dans les voies inexplorées avec une patience sans égale, et si ses méthodes n’ont pu devenir classiques et définitives, elles restent néanmoins comme d’ingénieux exercices, témoignages incontestables du savoir le plus assuré. Dionis du Séjour, tout en se faisant un nom considérable dans la science, avait la bonté, dit quelque part Voltaire, d’être en même temps conseiller au Parlement, où l’on citait son savoir et sa droiture; il étonnait ses confrères par le nombre et la netteté des rapports qu’il pouvait faire sans fatigue. Libéral et sensé, il porta à l’Assemblée nationale l’autorité de ses talents et d’une réputation très-méritée de pureté et de justice. On l’avait beaucoup loué sous la monarchie d’avoir su, malgré le texte formel de la loi, sauver la vie d’un malheureux prêtre coupable de sacrilége. Ce pauvre homme, fort grossier de langage, ayant eu de la peine à faire entrer l’hostie dans l’ostensoir, l’avait poussée avec impatience en s’écriant: «Entre donc...» et ajoutant un mot que Lalande, qui pourtant se gêne peu, n’a pas osé imprimer, il fut entendu, dénoncé, et condamné à mort. Heureusement il y avait appel, et du Séjour était de Tournelle. Le jugement fut cassé et l’accusé, renvoyé devant l’autorité ecclésiastique, en fut quitte pour une année de retraite.


LES MÉCANICIENS ET LES PHYSICIENS.

D’Alembert et Clairaut seront illustres à jamais dans l’histoire de la mécanique; mais, préoccupés seulement des principes et des grandes lois de la science, ils ont négligé et ignoré peut-être les secrets plus nombreux et non moins délicats des applications pratiques et du détail des mécanismes. D’autres académiciens, inventeurs d’un autre genre et différemment ingénieux, représentèrent constamment cette branche de la science à laquelle, dès les premières années de l’Académie, s’appliquèrent Perraut et de Lahire.