Un mémoire sur le vol des oiseaux, inséré dans le Recueil des Savants étrangers, présente des résultats curieux et importants, dont la démonstration fort élémentaire ne permet pas d’objections sérieuses. «L’objet de l’auteur, disent les commissaires Monge et Bossut, est de prouver que non-seulement les forces des hommes sont insuffisantes pour imiter le vol des oiseaux et soutenir ce travail pendant un certain temps, mais même qu’il est impossible qu’un homme puisse s’élever dans l’air par la réaction de ce fluide contre des ailes.
«Ce mémoire, disent en terminant les commissaires, contient des recherches très-ingénieuses, les résultats qu’on y trouve sont très-curieux en eux-mêmes et peuvent être utiles en ce qu’ils sont particulièrement propres à détourner d’entreprises non-seulement vaines mais même périlleuses; nous croyons qu’il mérite l’approbation de l’Académie et d’être imprimé dans le recueil des mémoires des savants étrangers.»
L’auteur est conduit à conclure que «ce ne serait qu’avec des ailes de trente ou quarante mille pieds carrés que l’on pourrait imiter le vol des oiseaux et qu’on peut le regarder comme physiquement impossible.»
Les travaux qui suivirent sont de plus haute portée, et la balance de torsion, commencement et modèle des appareils de précision en physique, fut l’instrument, presque parfait dès sa naissance, de la découverte des lois physiques les plus importantes.
Les lois de la torsion des fils et leur application à la mesure des plus petites forces est l’une des grandes découvertes de Coulomb. Il ne tarda pas à en déduire la loi jusque-là cachée des attractions électriques et magnétiques, et par des procédés admirablement précis, le mode de distribution de l’électricité à la surface des corps, dont trente ans plus tard les travaux de Poisson devaient confirmer l’exactitude en en doublant l’importance.
Borda, d’abord officier du génie comme Coulomb, mérita par plusieurs bons travaux une place d’associé dans la section de mécanique. Autorisé, malgré les règlements et l’opposition très-vive du corps, à entrer dans la marine à l’âge de trente-quatre ans, il y fut chargé de commandements importants, et sut associer sans relâche les travaux scientifiques aux devoirs de sa profession. Borda était le représentant naturel de l’Académie dans les expéditions destinées à l’épreuve des montres marines. Il fit dans ce but, avec M. de Verdun et Pingré, un voyage dans lequel, élargissant leurs programmes, les savants collaborateurs étendirent leurs recherches à l’étude de tous les instruments scientifiques utiles à la navigation.
Borda avait comme Coulomb un esprit sagace et géométrique, qui, préoccupé surtout des applications, se servait comme lui des théories les plus hautes pour y pénétrer plus sûrement et plus loin. Très-habile dans l’usage et la construction des instruments, il a inventé le cercle répétiteur qui, par un artifice aussi simple qu’ingénieux, peut, même avec des limbes imparfaitement gradués, porter la mesure des angles à la dernière précision.
Huyghens chez qui, par une merveilleuse exception, tous les talents semblaient réunis et dont le nom reste uni à une loi fondamentale et classique, représentait dignement dans l’ancienne Académie l’étude expérimentale de la physique.
La réputation déjà considérable de Mariotte le fit appeler à l’Académie fort peu de temps après sa fondation; il savait s’incliner devant le génie d’Huyghens, sans jamais soumettre son jugement et sacrifier son originalité. Capable de juger par lui-même et d’en appeler à l’expérience, s’il ne choisit pas toujours le meilleur parti, il se décide dans les questions les plus difficiles, par des raisons toujours ingénieuses, souvent concluantes et nouvelles. Le traité de Mariotte sur la nature de l’air est un chef-d’œuvre: véritablement inventeur, il sait être très-nouveau, sans cesser d’être simple, dans ces questions que trois hommes illustres, Toricelli, Pascal et Boyle, semblaient avoir récemment épuisées. Dans un écrit sur la percussion des corps, Mariotte propose aussi des vues ingénieuses et exactes sur les actions successives de plusieurs billes en contact choquées par une ou plusieurs boules de même dimension, et plus d’un professeur aujourd’hui encore pourrait étudier avec profit l’excellente analyse qu’il en a donnée. Des erreurs fort graves se trouvent, là comme ailleurs, mêlées, il est vrai, à la vérité, et l’on nous pardonnera de prouver, par une citation, l’ignorance de Mariotte en mathématiques.
Les lois de la chute des corps, si bien démontrées par Galilée, ne lui paraissent ni exactes ni possibles; et après en avoir proposé d’autres, suivant lesquelles un corps abandonné à lui-même prend instantanément une vitesse finie, Mariotte ajoute: «Galilée a fait quelques raisonnements assez vraisemblables pour prouver qu’au premier moment qu’un poids commence à tomber sa vitesse est plus petite qu’aucune qu’on puisse déterminer; mais ses raisonnements sont fondés sur les divisions à l’infini tant des vitesses que des espaces passés et des temps des chutes, qui sont des raisonnements très-suspects, comme celui que les anciens faisaient pour prouver qu’Achille ne pourrait jamais attraper une tortue, auquel raisonnement il est difficile de répondre et d’en donner la solution; mais on en démontre la fausseté par l’expérience et par d’autres raisons plus faciles à concevoir. Ainsi l’on objectera à Galilée que les raisonnements ci-dessus, qui sont faciles à concevoir et qui sont beaucoup plus clairs que les siens, qu’il a fondés sur les divisions à l’infini, qui sont inconcevables, et sur certaines règles de l’accélération de la vitesse des corps, qui sont douteuses, car on ne peut savoir si le corps tombant ne passe pas par un petit espace sans accélérer son premier mouvement à cause qu’il faut du temps pour produire la plupart des effets naturels, comme il paraît quand on fait passer du papier au travers d’une grande flamme avec une grande vitesse sans qu’il s’allume, et par conséquent on doit préférer les raisonnements ci-dessus à ceux de Galilée.»