Si l’histoire de la chimie, enfin, est si mal et si peu connue, n’en faut-il pas accuser ce changement complet des mots qui, indépendamment du progrès dans les idées, interdit même à des chimistes exercés, la lecture courante et facile des premiers maîtres de la science?
Mais l’époque était favorable aux révolutions. Celle-ci, sans retard comme sans résistance, s’établit dans toute l’Europe; elle n’a pas vu encore de réaction.
LES NATURALISTES.
L’histoire naturelle, désignée sous le nom de physique, occupait, avec la chimie, une moitié des séances de l’ancienne Académie des sciences. Lors de la réorganisation en 1699, elle y fut représentée par les sections de botanique et d’anatomie, dont les membres, toujours actifs, contribuèrent constamment et pour une grande part à la renommée et à la force de la compagnie.
Réaumur, qui devait être une des gloires de l’Académie, y entra, comme Amontons, avec le titre d’élève; il était âgé de vingt-trois ans; riche et indépendant comme Buffon, il ne demandait comme lui à la science d’autres avantages que le plaisir d’apprendre et la gloire de découvrir. Quoique plus pénétrant, plus patient dans ses observations et plus rigoureux dans ses raisonnements, il lui fut fort inférieur par le style et est resté beaucoup moins célèbre.
Réaumur se fit connaître d’abord de l’Académie par deux mémoires de géométrie qui montrent la pleine intelligence de la méthode de Descartes et des théories infinitésimales, que quelques membres de l’Académie repoussaient encore. Quoique son génie ne soit pas celui d’un géomètre, il a fortifié son esprit par la discipline des raisonnements rigoureux, en poussant ses études mathématiques assez loin pour pouvoir prononcer par lui-même, en toute circonstance, sur la possibilité et la légitimité de leur application; mais il les abandonna bien vite pour l’histoire naturelle, vers laquelle le portaient ses goûts et ses aptitudes. Curieux de tous les secrets de la nature, Réaumur se plaît à l’interroger avec un sage et excellent esprit, en étudiant les moyens par lesquels elle arrive à son but et l’usage des instruments qu’elle y emploie; les phénomènes eux-mêmes, qu’il aime à suivre et à faire naître, lui en apprennent plus que les discours et que les livres. Ses mémoires, dans la collection de l’Académie, sont au nombre des plus célèbres; marqués presque tous au même coin, ils n’exigent, pour être lus et compris, aucune étude préalable. Plus éclairé qu’érudit, Réaumur ne fait aucun étalage de sa science, qui, toujours cependant, sur toutes les questions, resta à la hauteur de son époque.
Réaumur, en effet, s’occupait de toutes les sciences en même temps; se proposant, avec une infatigable ardeur, les problèmes les plus divers, qu’il voulait et qu’il savait le plus souvent résoudre par lui-même, il n’avait pas le temps d’acquérir une érudition bien profonde; son activité dans les mémoires de l’Académie s’étend à tous les sujets, qu’il traite tous, sinon avec la même compétence, tout au moins avec la même sagacité.