Si bonne en tout, qu’il n’y a que redire:

Car il t’enseigne (ô noble intention)!

D’escrire bien, bien tourner et bien dire.

Comme historien, l’infatigable travailleur nous a laissé: les Gestes de Françoys de Valois, roy de France, dedans lequel œuvre on peult cognoistre tout ce qui a esté faict par les Françoys, depuis l’an mil cinq cents treize, jusques en l’an mil cinq cents trente-neuf; premierement composé en latin par Estienne Dolet, et après par luy mesmes translaté en langue françoyse[108].

L’ouvrage entier se divise en deux livres, dont le premier commence à la prise de Térouane et de Tournay par le roy d’Angleterre, en 1513, et s’arrête à la défaite de Pavie, en 1525; quant au second, il s’étend jusqu’à la mort de l’impératrice, femme de Charles-Quint, arrivée en 1539. Au recto du dernier feuillet, sur le verso duquel se place la fameuse doloire, Dolet prend ainsi congé de son lecteur:

«En tel ordre et sorte de composition, tu auras par moy descript tout ce qu’il se faira à l’advenir par les Françoys: jusques au temps qu’il plaira à Dieu faire son commandement de moy, et m’oster du monde où il m’a mys.»

Hélas! il n’était pas si loin déjà, le jour où la main de Dieu devait l’oster de ce monde, pour le transporter sans doute dans un monde meilleur!

Au début du premier livre, l’auteur explique en ces termes le motif qui l’a «induict d’intituler ce présent œuvre en latin Fata, qui en nostre langue veult aultant à dire que destinées». C’est que, nous déclare-t-il, «par sus tout ordre et pouvoir humain, ay veu advenir au roy tout ce qu’il a souffert d’infortune en aulcunes entreprinses de ses guerres». Et, quelques lignes plus loin, il ajoute: «Destinée est une fille de Dieu omnipotent, laquelle suivant le vouloir et commandement de son pere, nous cause et pourchasse tout ce que nous appellons bien et mal. Et ces deux choses, les humains les reçoipvent par ung infaillible vouloir de Dieu, lequel droictement s’appelle Destinée; car Destinée n’est rien aultre, qu’ung ordre éternel des choses. Et combien qu’à ycelle se puisse joindre quelque prudence ou vertu humaine, toutesfois c’est elle qui règne et ha tout pouvoir en noz actes.»

La destinée est donc comme le bras droit de la volonté divine; en conséquence, elle fait et défait les empires. On n’a, pour s’en convaincre, qu’à parcourir les annales des peuples de l’antiquité, celles des Romains par exemple:

«Par destinée les Rommains, après tant de fortunes et guerres, ont subjugué toutes nations estranges, et Romme a esté le chef du monde: laquelle au commencement habitoient pauvres pasteurs, et toutes gens de maulvaise vie, qui en ycelle recouroient comme en franchise, après avoir esté bannis de leur païs pour leurs forfaictz. Avec le temps, par destinée contraire, vindrent yceulx Rommains en decadence et ruine; et Romme, privée de ses tant grands triumphes, et opprimée par violateurs de la Republique, maintenant ne retient aultre chose de sa dignité que son seul nom ancien.»