«..... S’ils sont huguenaulx, je ne m’esbays pas s’ils sont traistres, pour n’avoir jamais veu un seul homme de bien de ceste nouvelle religion, et de très-meschants un monde; me souvenant avoir veu en ma jeunesse Dolet un des premiers, qui, commençant par assez légères opinions et de peu d’importance, tomba en peu de temps ès plus execrables blasphemes que j’ouys jamais...»
Voici maintenant l’opinion que Calvin prêtait à notre Estienne, au sujet de l’immortalité de l’âme. Elle se trouve à la page 78 de son livre de Scandalo (Genevæ, in officina Jo. Crispini, 1551, in-8o):
«Agrippam, Villanovanum (id est Servetum), Doletum et similes vulgo notum est tanquam Cyclopas quospiam Evangelium semper fastuose sprevisse. Tandem eo prolapsi sunt amentiæ et furoris, ut non modo in Filium Dei exsecrabiles blasphemias evomerent, sed quantum ad animœ vitam attinet, nihil a canibus et porcis putarent se differre.»
«C’est une chose vulgairement notoire qu’Agrippa, Servet, Dolet et consorts, ont toujours, nouveaux Cyclopes, outragé l’Evangile de leurs fastueux mépris. Ils ont même glissé si avant sur cette pente de folie furieuse, que, non contents de vomir contre le Fils de Dieu d’exécrables blasphèmes, ils ont, relativement à la vie de l’âme, déclaré qu’ils ne différaient en rien des chiens et des pourceaux.»
Enfin, un écrivain catholique cité par Bayle, Prateolus (Elench. Hœret.), parlant des athées, associe Estienne Dolet avec Diagoras, Evhémère, Théodore et autres philosophes que l’antiquité reconnaissait généralement pour avoir nié l’existence de Dieu.
Le bon Maittaire, avec cette loyale naïveté d’un savant qui n’a jamais vécu qu’avec les livres, cherche en vain à s’expliquer les motifs de cette odieuse imputation d’athéisme, lancée contre la mémoire de Dolet par l’animosité commune des protestants et des catholiques[145]. La fin de ce chapitre donnera, je l’espère, le mot probable d’une énigme qui ne laisse pas que d’être curieuse.
Je vais, à mon tour, essayer de résoudre cette question si longtemps controversée des opinions religieuses ou irréligieuses de Dolet. Elle se résume en deux chefs principaux, qu’il s’agit d’examiner successivement:
1o Était-il protestant?
2o Était-il athée?
Estienne se chargera lui-même de répondre à la première partie de l’accusation. A la page 55 de ses Harangues contre Toulouse, il proteste en ces termes de son orthodoxie catholique: